Difficile apprentissage - Je me rappelle qu'enfants, dans la cours de récréation, nous jouions à nous laisser aller en arrière de tout notre corps, un camarade se tenant présent derrière nous pour

 

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Qu'est-ce que le lâcher prise ?

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Difficile apprentissage

Le 06 mai 2004 par Agatha
Je me rappelle qu'enfants, dans la cours de récréation, nous jouions à nous laisser aller en arrière de tout notre corps, un camarade se tenant présent derrière nous pour nous rattraper avant que nous tombions à terre. Combien d'hésitation de notre part avant de passer outre la peur, pour faire confiance au camarade rattrapeur et pour nous laisser aller.
Lorsqu'est évoquée l'expression « lâcher prise » dans le monde physique, une image mentale s'y associe souvent : celle de la chute. Image totalement à l'opposé de notre instinct de conservation. Tant que nous nous agrippons à la paroi, demeure une chance de nous en sortir, de nous préserver face à une situation dans laquelle nous nous sentons en danger. Lâcher prise, c'est risquer de tomber et tomber c'est risquer la souffrance, les fractures, ou tout simplement la mort. Jusqu'au bout de nos forces et de nos ressources, la peur nous entraîne à nous accrocher. Nous résistons.
Et cet instinct de conservation pour notre intégrité physique, nous l'appliquons, sans même y réfléchir à tous les autres secteurs de notre vie. Il nous est difficile d'admettre que tomber, avoir mal, mourir même, puissent être un bienfait quelconque. La chute, autre que physique, réside toujours dans la perte d'un élément qui nous paraît vital : perte de son travail, de sa santé, d'un être qui nous est cher.... Tout ce que nous ne contrôlons pas et qui atteint profondément notre construction l'ébranle, l'effrite, et la déséquilibre. Comment ne pas, instinctivement, vivre le refus de la situation en essayant de nous agripper de toutes nos forces pour résister au courant qui nous entraîne ? Comment ne pas essayer de garder le contrôle de sa vie, de soi ?
Pourtant, lorsqu'on y réfléchit, le rejet laisse apparaître sa limite, car il n'est pas actif. Il peut générer de l'incompréhension, de la révolte et de la colère. Mais ce sont là des énergies bouillonnantes qui ne sont pas motrices. Elles freinent au contraire, puisqu'elles sont réactives et nous maintiennent dans le contre-courant de ce qui survient. Le rejet nous incite à nous débattre, non à nous battre... et là est toute la différence.
Nous n'avons aucune prise sur ce qui est indépendant de notre volonté et nous survient de l'extérieur. Le malade ne peut rien contre le diagnostic qui lui révèle son état. L'amoureux ne peut rien contre l'abandon lorsque l'autre le quitte. On peut dire que c'est injuste, que c'est révoltant, que c'est incompréhensible. Oui ! Mais est-ce que cela résout quoi que ce soit ? Rejeter un état de fait ne restaure rien et refuser ce qui nous crucifie ne nous entraîne qu'à nous débattre en accentuant la douleur. Accepter que nous ne pouvons pas changer ce qui ne dépend pas de nous, est le meilleur outil qui nous soit donné pour avancer malgré l'adversité. Lâcher prise, c'est cesser de se débattre pour accepter ce qui est. Mais accepter ne signifie pas entrer dans l'inertie, jeter l'éponge et abandonner la partie. Car si nous n'avons aucune prise sur ce qui survient de l'extérieur, nous reste le choix de la réponse que nous allons y apporter. En cela réside notre seul pouvoir. Un évènement fracturant vient nous faucher, contre lequel nous ne pouvons rien. Nous tombons. Qu'allons nous faire ? Et qu'allons nous en faire ? Nous pouvons rire ou pleurer, dire « j'abandonne » ou je « continue ». Cela dépend de nous et de nous seuls. C'est là que peut s'exercer notre libre arbitre, notre choix : de l'intérieur, face à ce que l'extérieur nous envoie.
Quand on refait mentalement le chemin à l'envers, que l'on revoit les épisodes de sa vie et de son chemin, on découvre que c'est à travers les coups durs, que nous avons pu mettre en oeuvre toutes nos capacités, toutes nos facultés. Un ami à moi disait : « l'épreuve, c'est faire ses preuves ». Mais ces preuves là ne sont que par rapport à nous-mêmes, dans ce que nous détenons intérieurement et que nous ne découvrons généralement qu'en cas de difficulté. Comment saurions-nous quelles sont nos forces, nos aptitudes, nos capacités et nos limites aussi, si elles n'étaient pas soumises à l'expérience, et si nous ne pouvions pas les tester en y faisant appel ? Comment ferions-nous connaissance avec nous-mêmes, dans l'ignorance de ce que nous contenons ? Et ce contenu comment en faire le tour sans le ramener à la surface à travers le vécu et l'expérimental ?
Dans le lâcher prise et l'acceptation de ce qui nous est proposé, nous pouvons apprendre et découvrir beaucoup. Apprendre ce que nous pouvons, ce que nous ne pouvons pas. Découvrir surtout, en regardant le parcours avec attention, qu'aucune de nos chutes n'a té mortelle, puisque nous sommes encore là. Il y a toujours eu, comme dans ce jeu de l'enfance, un rattrapeur lorsque nous avons su nous laisser tomber en arrière avec confiance. Une main tendue, un élément positif inattendu, une bouée lancée au bon moment.... Nous ne sommes ni seuls, ni abandonnés, jamais, même lorsque nous nous sentons perdus, écrasés par le poids de nos épreuves. Si dans l'instant de la douleur nous ne sommes pas en mesure de le percevoir, un simple effort de recul pour regarder la totalité de notre parcours, nous aide à réaliser qu'il y a toujours eu « quelque chose » pour nous secourir, nous assister, nous encourager à nous relever. Ce quelque chose on peut l'appeler : hasard, synchronicité, divine providence.... Qu'importe ! C'est la Présence de l'Amour veillant en permanence à notre chevet. Mais seul le lâcher prise, dans la confiance, peut nous permettre de le vivre. Ainsi grandit la foi.
Comme un système de vases communicants le lâcher prise nous enseigne la confiance et la confiance accroît notre aptitude au lâcher prise. Ces deux composantes nous aident à quitter les sentiers de la peur, à nous ouvrir à la foi, à la vie.
Le lâcher prise c'est parvenir à appliquer à sa vie, cette prière adaptée des paroles de Reinhold Niebuhr :
« Mon dieu, Donne moi
La sérénité d'accepter les choses que je ne peux pas changer,
Le courage de changer les choses que je peux changer,
Et la sagesse de faire la différence entre les deux ».

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