-

 

Infos pratiques


tl4
Pourquoi ressentons-nous parfois la sensation d'être tombés dans un gouffre ?

Avis sur la question
icone

La parabole de la piscine

Le 14 juin 2007 par Eiffel
Le constat est celui-ci : nous passons parfois par des phases difficiles, voire extrêmement difficiles, nous sommes même occasionnellement au plus mal. Se pose la question du pourquoi.
Il y a plusieurs réponses possibles, donc celles que nous exposerons ci-dessous.
La première réponse
La première réponse est en soi une analogie relativement simple. Supposons que "l'inspiration" soit vécue comme fort agréable. En comparaison, l'expiration, pendant laquelle cet agrément n'a pas lieu, est donc désagréable. Techniquement parlant, il est impossible d'inspirer sans expirer et inversement. Pour autant, nous souhaitons vivre l'agréable et ne pas vivre le désagréable. A trop inspirer et ne plus expirer, il arrive un moment critique où, par nécessité, nous rejetons tout l'air en trop. Cette phase d'extrême expiration est alors vécue comme traversée du désert et l'on se demande alors pourquoi.
Et ceci alors que l'on ne s'est jamais posé la question de pourquoi on n'était pas dedans avant. Pourquoi une question plus qu'une autre ? Probablement parce que la vraie question n'est pas de savoir pourquoi, mais repose sur une attente implicite qui consiste à éviter ces phases, à les combattre, à les rejeter et les nier. Si tel est le cas, alors la réponse devient l'acceptation.
La deuxième réponse
De par une approche plus technique, l'agréable et le désagréable se définissent de manière relative l'un par rapport à l'autre. Comme un signal sonore en électronique. On obtient le signal moyen, en gros ce qui n'est ni maximal ni minimal. Et tout ce qui est "au-dessus" (positif relatif) est agréable, et ce qui est en dessous désagréable (négatif relatif). Nous retrouvons donc, au final, le même principe que pour la respiration, et ceci de par la simple définition même de cet agréable ou désagréable.
A trop vouloir "l'inspiration", à résister contre ce qui vient, on crée donc une accumulation. L'émotion non vécue est comme une eau que l'on empêcherait de circuler, elle arrive mais ne repart pas, un peu comme l'eau dans un barrage. Au plus on aura résisté, et au plus la hauteur d'eau sera immense lorsque les digues cèderont. Et, techniquement, tant que l'on n'ouvre pas les vannes, on est sûr que tôt ou tard les digues cèderont. Toute cette émotion désagréable emmagasinée parfois pendant des années se déversera alors d'un seul coup, un véritable raz-de-marée, une traversée du désert.
La troisième réponse
Une autre réponse est ce que nous appellerons très pompeusement : "la parabole de la piscine".
Imaginons que nous sommes dans une piscine. Une ceinture de plomb autour de la taille, impossible à enlever, nous alourdit considérablement. A tel point qu'il est très difficile de rester en surface. Les mouvements de natations deviennent de plus en plus frénétiques, et n'empêchent pour autant pas de boire la tasse à répétition. Cette situation est insoluble.
A un moment, après quelques secondes ou après des heures, l'épuisement arrive, et on abandonne, plus de force, ou plus de volonté, plus l'énergie, épuisé, éreinté, on laisse tomber.
Et on coule.
Et là, quelques fractions de secondes plus tard, on "touche le fond". Finalement, nous ne le savions pas, mais nous avions quasiment pied. Une impulsion des cuisses, et HOP ! Nous voici revenu en surface.
Sauf si on a lutté trop longtemps, auquel cas on s'étale sur le fond sans plus même avoir conscience de rien du tout, ou encore résigné à mourir.
La conclusion de cette histoire, c'est que s'il est pertinent de savoir insister et se battre pour quelque chose, il est aussi bon de savoir laisser tomber, de ne plus résister, et de tout lâcher. Tôt ou tard on finira par "toucher le fond". Au plus tôt on le fait, et au moindre est la chute. Par contre, si on a luté "jusqu'au bout", alors on "touche vraiment le fond", cette phase de traversée du désert.
Nous le voyons, il est parfois utile voire nécessaire de "toucher le fond", comme dans cette illustration de la piscine.
Les trois réponses
Naturellement, ces réponses abordent de manière différente toutes les trois le même principe fondamental : à ne pas vouloir vivre quelque chose, on le garde pour plus tard, et, nécessairement, à un moment ça "tombe".
Le processus est du reste intéressant car c'est celui fondamentalement de la drogue. Au sens très très large. Que ce soit la cigarette, l'alcool, la télévision, le téléphone portable, des médicaments, ou tout autre, le processus est toujours le même.
Ainsi, je suis là, sans activité, je m'ennuies. Quelque chose se déroule en moi, quelque chose qui participe à mon évolution intérieure. Quelque chose qui a nécessairement sa raison d'être puisqu'il EST là. Mais ceci est désagréable. Alors, vite, m'occuper l'esprit, surtout ne pas tomber dedans. Ah, la télé, super ! Bon, le programme n'est pas passionnant, mais au moins pendant ce temps-là je ne pense à rien d'autre, ouf. Puis ça passe.
Puis ça revient. Plus fort. Et c'est logique, si ça venait, c'est que ça avait une raison de le faire. Alors je regarde à nouveau la télé. Des heures. Parce que dés que j'arrête ces pensées reviennent. Et puis je met plus fort, aussi, parce que sinon je décroche. Ca finit par passer. Re ouf...
Et puis... ça revient ENCORE ! Et là c'est l'horreur, la télé hurle, mais je ne parviens plus à éluder ces pensées, je n'entends même plus ce que disent les personnages dans les films, je les entends dire mes propres pensées... Le soir, dans mon lit, c'est l'horreur, ces pensées me tourment, alors je me met mon walkman à fond dans les oreilles. Le matin je me réveille dans un état vaseux, et ces pensées me reprennent encore...
Et, inévitablement, un jour ou l'autre, ce "truc" que j'avais utilisé pour fuir ce qui, initialement, était un petit désagrément, ce "truc" qui est devenu une drogue à part entière, ce truc s'effondre. Et là c'est le déluge.
Alors que si j'avais fait le choix de vivre ce petit moment désagréable, rien de tout ça ne se serait mis en place, pas de drogue, pas chute vertigineuse.
La drogue.
Le principe d'une drogue, physique ou psychique, consiste donc en un "truc" pour éluder ce que l'on a à vivre. Refusant le chagrin d'un deuil, je deviens alcoolique, je perds 30 ans de ma vie, et finalement je ferais ce deuil quand même, mais ô combien plus douloureux. C'est on ne peut plus usuel.
La moindre habitude peut dés lors potentiellement être considérée comme une drogue, et en prendre conscience voit sainement se poser la question : que suis-je en train de fuir ?
C'est tellement vrai que c'en est même une technique pour jouer aux échecs. On menace de prendre une pièce à l'adversaire. S'il calcule et prend le risque de la perdre, c'est à dire s'il accepte ce qui lui arrive, alors ce sera d'un faible désagrément. Mais si au contraire il résiste, alors ce qu'il fait amoindrira sa défense. On pourra alors menacer une pièce plus importante. La même cause produisant le même effet, on pourra, de fil en aiguille, amener l'autre au bord du gouffre, sur le seuil de la rupture. Et là, la digue qui éclate c'est lorsque la personne perd d'un coup toutes ses pièces et la partie.
Or nous jouons tous cette partie, elle se nomme la vie...
En résumé
La traversée du désert est le plus souvent une transition violente et très désagréable résultant du cumul de transitions douces et peu agréables, transitions qui ont été refusées et accumulées, et par le biais d'habitudes devenant peu à peu une drogue à part entière. On pense alors à tort qu'on y a échappé, à ces petites transitions, alors qu'on les a juste temporisées. Le retour de manivelle est alors proportionnel à la quantité de résistance que l'on a généré.
A l'issue, certains ont compris, et vivent le monde, alors que d'autres non, et ils retombent alors dans le même travers (par exemple les alcooliques récidivistes).
Cette traversée du désert, quelque part, peut donc être considérée comme le fait de remettre les pendules à l'heure, et de rendre au passé ce qui lui appartient, et ce qui aurait dû depuis longtemps lui être relégué. A l'issue, on est comme tout neuf, de retour à l'équilibre, on a remis les compteurs à zéro.

Tous les avis
Plan du site · Recommander ce site
Tous droits de reproduction réservés (c) 2011
Tous les textes · Toutes les questions · Tous les avis · Toutes les lectures · 
spiritisme esprits spiritualite