Quid de l'utilitarisme lui-même ? - La question posée peut se résumer à : à quoi sert l'être humain ? Nous serions déjà en droit de nous demander : et pourquoi devrait-il servir

 

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Dans quel but l'homme a-t-il été créé ?

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Quid de l'utilitarisme lui-même ?

Le 20 juin 2007 par Eiffel
La question posée peut se résumer à : "à quoi sert l'être humain ?"
Nous serions déjà en droit de nous demander : et pourquoi devrait-il servir à quelque chose ? Car la notion d'utilitarisme est toute humaine. Une réponse pourrait aussi être que l'humanité a pour vocation une forme un peu spéciale d'incarnation... Poser la question de l'utilité c'est donc déjà poser une forme de réponse.
Pour autant, cette discussion restera dans le contexte d'une utilité pragmatique et concrète de l'être humain, en tant qu'individu ou groupe. Nous aborderons tout cela juste après la petite historiette suivante, qui, bien plus qu'un grand discours, nous donnera déjà une grande part de la réponse :
"Un beau jour un grand prophète passa dans le village, ennonçant la grande parole, et Dieu ceci, et l'univers cela, etc. Puis il poursuivit son chemin, sans que les gens du village n'aient vraiment entendu son message. Sauf le boulanger.
C'était un excellent boulanger, il mettait tout son coeur dans son travail, tout le monde dans le village le reconnaissait bien volontiers, on venait même du village d'à côté pour venir chercher son bon pain.
Mais le boulanger avait entendu le message, et il avait décidé de donner un sens à sa vie, d'agir de manière constructive, de se sublimer. Il commença par une retraite dans le monastère voisin, mais ne trouva pas la réponse. Il s'isola sur la petite montagne voisine, et souffrit terriblement pendant l'hiver, et ne tenant plus le coup, finit par revenir aux abords du village. Dépité et honteux, se trouvant incapable de trouver un sens à sa vie, échouant même dans sa quête de recherche.
Là, à côté du ruisseau qui plus loin traverse le village, il croisa Pierre, l'idiot du village. Pierre jouait à sauter de part et d'autres du ruisseau et se livrait à diverses pitreries. Pauvre bougre pensa le boulanger, si seulement il comprenait... Pour autant, la discussion s'engagea :
- Tu es bien triste boulanger ! Que t'arrive-t-il donc ? Depuis des mois les villageois ne profitent plus de ton bon pain, que fais-tu donc ?
- Ah, Pierre, tu ne peux pas comprendre, je cherche un sens à ma vie...
- Un sens ? Euhhh... Dans ce sens là ? répondit Pierre en pointant une direction au hasard.
- Non, un sens, une raison d'être. Toi, c'est pas pareil, tu ne sers à rien...
- Ah ça c'est bien vrai ! s'exclama Pierre avec joie. Moi je suis l'idiot, je ne sers à rien, mais tout le monde vient me voir et me pose des questions compliquées ! Et je ne comprends rien ! Et ça les amuse ! Et ils repartent tout contents. Alors, oui, je ne sers à rien. Je suis juste l'idiot. Mais personne ne pourra jamais faire l'idiot aussi bien que moi, conclut-il avec un grand sourire et se remettant à sautiller d'une rive à l'autre.
Puis, après un long silence, alors que le boulanger était resté profondément songeur, Pierre reprit :
- Et toi, boulanger, tu sers à quelque chose ?
Les larmes dans les yeux, une joie immense sur son visage, il répondit :
- Moi je sers à faire du bon pain qui rend heureux tout mon village.
(...)
Puis ils rentrèrent tous deux au village, bras dessus bras dessous, vite vite vite pour aller nettoyer la boulangerie..."
Comme le montre joliment cette petite histoire fabriquée pour l'occasion, donner un sens à sa vie ça ne signifie pas nécessairement aller faire des choses extraordinaires ou compliquées. Nos vies ont toutes le même sens et en même temps toutes un sens différent. Le sens de sa vie est en effet tout simplement... d'être vivant. C'est à dire de vivre chaque instant profondément, avec intensité.
Si maintenant nous désirons nous prendre pour Dieu, et voir les choses de manière bien plus globale, la question devient celle de l'utilité d'une espèce particulière au sein d'un écosystème. A quoi sert le loup ? A manger les lapins. Et à quoi servent les lapins ? A être mangés par les loups. Si un problème survient, et que par exemple les loups soient exterminés, alors les lapins vont proliférer. Et manger toute l'herbe. Puis mourir de faim. Tous ! C'est alors l'espèce toute entière qui risque de disparaître. De fait, la conclusion est que les loups, en mangeant les lapins, aussi paradoxal que cela puisse paraître, sont les garants de la survie des dits lapins...
Du coup, on peut globalement dire que les loups mangent (donc tuent) les lapins pour qu'ils puissent continuer à vivre.
Mais cela n'est visible qu'avec beaucoup de recul. Recul que nous avons pour les loups les lapins et l'herbe, mais que nous n'avons probablement pas lorsque nous sommes nous-mêmes l'objet de l'observation. Ainsi, qui sait, peut-être qu'en détruisant la Terre l'humain est en train de la construire ?
L'humain, comme les lapins dans notre exemple, a échappé à ses prédateurs. Avec ses armes les animaux ne peuvent plus rien contre lui, et avec sa médecine les microbes et bactéries non plus. Alors une autre boucle se met en place, l'humain fabrique des usines ou des automobiles, qui l'asphyxient, ou encore des téléphones portables qui le détruisent à petit feu de l'intérieur, depuis le coeur de la cellule... C'est en somme un peu comme un nouveau prédateur.
Une toute autre approche de la question est d'ordre métaphysique. Elle découle d'une règle relativement simple, à savoir celle de la "rétro-action". En gros, exprimée de manière simple, cette règle stipule que tout ce qui est créé est enclin à détruire ce qui lui a donné naissance. Mais ceci pas nécessairement de manière directe.
Par exemple, en physique, une action entraîne une réaction, et cette dernière tend à s'opposer à l'action initiale. Ou encore, en ayant un enfant, on le nourrit, et donc il y a moins de nourriture pour son géniteur (plante, animal ou humain).
Cette règle simple est tout bonnement celle du temps actif. Ainsi, dans le processus d'une action, il y a ce qui la précède et prépare, puis l'action proprement dite, puis enfin ce qui la termine dans le temps. Une poussée en avant, un mouvement, puis une poussée en arrière pour arrêter le mouvement et pouvoir le faire suivre d'un autre. C'est donc le principe de la causalité (dont une des simplifications est le déterminisme).
Selon cette règle, la terre a engendré "quelque chose", qui aura donc pour action non pas de détruire la terre, cette matrice et support, mais pour détruire ce qui l'aura généré. Autrement dit la nature n'a pas du tout horreur du vide, car si elle le remplit tout le temps, elle passe aussi son temps à le créer. Évacuer des choses du passé pour faire de la place pour les choses du présent.
Dans une telle approche, le fait que l'homme habite l'environnement peut très bien être vu comme un constituant au rôle un peu particulier dans une globalité d'un écho-système non plus uniquement physique mais aussi symbolique.
Peut-être l'être humain n'est-il qu'une forme de somatisation de la terre dédiée à une forme d'auto-thérapie de la planète, qui sait ? Tout comme, lors d'une maladie, le fait d'avoir de la fièvre est à la fois un symptôme et une aide précieuse à la guérison.
Le fait est que l'humain semble endosser un rôle qui n'est pas le sien, comme on l'observe parfois dans les constellations familiales. Il se met à materner la terre-mère, alors qu'il en est l'enfant. Ainsi, soit il se sert d'elle et l'abîme, soit il crie très fort qu'on l'abîme, mais jamais il ne se met simplement à son écoute pour en recevoir les conseils avisées. A l'age de plusieurs milliards d'années, elle en a, pourtant, des choses à raconter...
De fait, pure passivité, action destructrice, ou action pour la sauver, dans tous les cas on est dans l'erreur. La vraie démarche ne consiste pas à agir mais en toute priorité à écouter. Sans cela, toute action est aveugle et vouée irrémédiablement à bien des égarements.
Et en outre, la supposément mauvaise santé de notre planète devient dés lors un argument de culpabilisation des masses, sous l'égide de quelques écolos souvent aveuglés, permettant encore de générer des comportements "contre-nature", dans tous les sens du terme.
Pour conclure, disons donc que donner un sens à sa vie se fait essentiellement au niveau individuel, comme l'ami boulanger, et ne nécessite nullement de se demander à quoi sert l'humain sur la terre.
A un niveau macroscopique, cette seconde question, du reste, de par le fait que l'humain en est l'observateur et l'observé, voit le questionneur à la fois juge et partie, donc bien peu à même d'y répondre. Autrement dit cette question est dans son essence insoluble.
Pour autant, en s'élevant à un niveau encore plus élevé, il est très possible que le tout soit engrammé dans une logique globale dans laquelle l'humain ne serait qu'un des éléments régulateurs d'un ensemble qui le dépasse cependant. Un peu comme la fièvre qui est à la fois symptôme et remède.
Et enfin, toute démarche écologique se retrouve finalement être au même niveau que celle qui consiste à abîmer la nature : un aveuglement. A contrario, la démarche, au lieu d'être active, devrait plutôt être de faire preuve d'écoute et d'attention.
Au final, soyons nous-mêmes à chaque instant au lieu de vouloir nous prendre pour Dieu et vouloir guider les autres ou encore nous poser des questions qui nous dépassent de toute façon.

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