Je suis fille de "suicidé" - Bonjour Doc, Bonjour à tous, Que tu souhaites donner ton « point de vue » sur le suicide, je l'écoute.... En revanche, je ne comprends pas que l'on

 

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Je suis fille de "suicidé"

Rédigé par Luna-blanca
Posté le samedi 07.02.04 à 11h24
Message n° 16270

Bonjour Doc,
Bonjour à tous,

Que tu souhaites donner ton « point de vue » sur le suicide, je l'écoute.... En revanche, je ne comprends pas que l'on puisse parler d'un sujet aussi grave et « juger » les personnes qui se donnent la mort, SANS EN AVOIR FAIT L'EXPERIENCE ou l'avoir approchée soi-même.

Je suis la fille d'un « suicidé » ainsi que d'un frère qui a plusieurs fois essayé (il est aujourd'hui interné depuis près de 20 ans). Donc, je peux en parler... bien que je n'ai jamais tenté de mourir à mon tour.

Mon père était militaire et avait eu une enfance difficile à cause de la guerre et du régime franquiste. Lui-même fils de militaire réfugié politique.

Mon père a vécu le Vietnam et nous a raconté comment de ses 18 ans (engagé avec la signature de sa mère) il avait vécu cette horrible guerre. Les larmes lui venaient à chaque fois qu'il nous racontait et nous (ces 4 enfants) pleurions ensemble...Je vous passerai les détails de ses souffrances et de tous ses amis soldats morts sous ses yeux. Papa était un « survivant ».

Je crois qu'il y a autant de différents suicides que de souffrances. Et nous sommes TOUS inégaux face à la souffrance : mon père, mon frère, moi et vous qui me lisez.

Quand mon père a fait ce geste, il était très malade et divorcé de maman. Il vivait seul dans une toute petite chambre (qui lui rappelait les prisons de la guerre) où il se voyait tous les jours diminuer physiquement. Je l'avais emmené, un an avant, avec mon fiancé en Andalousie d'où il avait dû s'enfuir (à cause de Franco) et se réfugier en France. Il n'avait pas revu sa soeur depuis 35 ans. J'ai été témoin de leurs retrouvailles très douloureuses et merveilleuses à la fois.

Mon père était pourtant entouré et aidé (nous lui faisions ses courses, son linge,...), mais nous nous sentions totalement impuissants face à sa TRES GRANDE SOUFFRANCE (morale et physique), mon frère et moi.

Papa avait décidé d'arrêter de boire (sa seule occupation, puisqu'il était cloué dans un fauteuil) pour lui et pour l'enfant que je portais. Mais sans ce « support », c'était encore plus difficile de vivre sa vie, sans ce regard « brouillé » par l'alcool. Tout lui revenait : son enfance, les guerres, sa séparation d'avec toute sa famille, sa séparation avec maman, avec nous et la femme vietnamienne morte (il ne l'a jamais retrouvée) avec l'enfant de lui qu'elle portait, qu'il avait connue avant Maman, etc...

Personne ne s'est occupé des vétérans du Vietnam (en dehors, peut-être, des Etats-Unis ?) et de leur traumatismes. Papa a fait avec...

Papa avait 58 ans quand il s'est suicidé et 1986... et moi 26 ans. J'ai perdu le bébé que je portais et mon jeune frère a « pété un câble » depuis.

Je sais ce que c'est que d'être la fille d'un « suicidé ».

Papa n'avait pas calculé les conséquences de son geste. Et ce n'était pas un appel au secours. Il savait qu'il ne se raterait pas.

Je reprend l'extrait des réponses de l'esprit à Oune aux questions adressées par Régis sur ce sujet (communiqué par Mireille) :
« Le désespoir est de la faute de tous et chacun est responsable des autres. Il ne peut y avoir de moyen de se défausser de sa responsabilité quand un enfant se jette sous un train. Un jour quelqu'un ne l'a pas écouté, ne l'a pas regardé, ne l'a pas aimé. ».

J'ai pourtant écouté mon père, je n'ai fait que ça toute mon enfance. Je restais à ses côtés en essayant de me 5 ans, 10 ans, 20 ans de le comprendre et de l'aider. Je l'accompagnais partout puisqu'il ne parlait pas français. J'étais « scotchée » à mes parents.

Qui de la société ou de ses proches est « responsable » ?


C'est après un très long travail sur moi que j'ai eu quelques réponses qui se complèteront avec le temps... On ne peut pas sauver tout le monde et on se sent impuissant et malheureux.

Croyez-moi que si j'avais pu aider Papa, je l'aurai fait. Croyez bien que si je pouvais aider mon frère, je le ferai... Mais, je n'ai pu leur donner l'envie de vivre et d'affronter leurs démons ; ni personne n'y est parvenu...

D'autant que j'ai vu arriver sa mort avec tous les détails sans faire la relation avec Papa. J'ai vu la corde, j'ai vu la mort, j'ai vu la très grande souffrance sans faire le lien. J'ai été réveillée dans mon sommeil à 4H30 exactement, l'heure de son dernier souffle...J'ai vu Papa me saluer de la main et son image s'éteindre dans le lointain...


Je suis choquée comme Doudou, parce que ça me touche PERSONNELLEMENT, mais je n'en veux à personne... car l'ignorance de la provenance de nos souffrances et encore plus l'ignorance de la souffrance des autres, et notamment des « suicidés », nous rend « ignorant » pour ne pas dire stupide et peut heurter plus qu'on n'imagine. Et ça fait mal.

Cela fait mal de garder au fond de son coeur qu'on ait pu éviter qu'ils nous quittent, comme cela....

Luna-Blanca


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 Luna....et tous.... par Mireille le 07.02.04 à 13h41

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