Le dernier train! - 1.

 

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Le dernier train!

Rédigé par Leon47
Posté le lundi 02.05.05 à 09h22
Message n° 24418


1.

- Le dernier train -
- Les quatre saisons -
Plusieurs étapes, épreuves, parenthèses, bien des termes peuvent définir les tranches de la vie. Chaque individu les vive différemment. Pour moi c'était et c'est l'envie d'écrire ! Surtout dans l'adolescence. Guidé par une inspiration proportionnelle à une acné florissante qui jette la jeunesse en prison, dont les années à venir me donneront la clef.
Fragilisé et vulnérable dans cette période, deux masques s'installent : l'un dans le coeur invisible et puéril, l'autre sur le visage, à la vue de tous, témoignant le printemps de la vie par ses bourgeons juvéniles. Un équilibre délicat risquant sans cesse le péril.
C'est le temps des secrets, J'écrivais donc ce que je n'osais pas dire. Surtout à mes parents. Maintenant voici le temps des regrets, pourquoi ne pas avoir parlé ?...La lâcheté ? Soyons tolérants disons timidité ou manque de témérité.....
Aujourd'hui ils sont physiquement partis tous les deux, enfin j'avoue et j'ose dire : Papa, Maman, je vous aime ! Le fruit d'une trop longue gestation. La jeunesse éblouie par « la vie devant soi », ne réalise pas cet amour muet, qui deviendra un manque le jour ou l'on ouvre les yeux. Bien des fois j'ai écrit ces mots, pour commencer un texte que j'ai gardé pour moi, pourtant adressés à mes parents géniteurs :

- L'amour s'échappe....
A ma mère la plus douce ; Amon père grand et digne ; Aux sentiments qui les unis ; A vous deux qui êtes ma vie ; Pour vous seuls sera ce texte :
Ce grand amour qui nous relie, n'est que l'appel du sang. L'amour pénètre l'âme ; La tendresse emplie le coeur.
Sur ma joue coule une larme, Un peu d'amour qui s'échappe ; mais, dans la terre s'imprégnant, éclos la plus belle des fleurs. Si fragile et délicate ! Dans mon coeur elle prend racine. Nous le savions, l'homme n'est que poussière ; La fleur d'amour à peine éclose, il sera dispersé. A la vie, à la mort, la terre nous contient, dans toute sa puissance volcanique et ses mers grandioses.


2.
A l'été de ma vie, dans ma cinquantaine, lorsque tu pris le dernier train je suis resté sur le quai, le petit garçon avait perdu son mouchoir, je n'avais rien dans la main pour dire au revoir ...Tu me l'avais pourtant donné....Tu vois c'est vrai j'ai encore besoin de toi.....Oui maman, c'est promis, je ferai attention à moi !...
L'automne viendra, préparera un lit douillet et coloré, encore chaud de l'été estompé.
Puis je profiterai du vent d'hiver, pour m'envoler moi aussi dans l'univers, chaque brin de poussière, une partie de moi-même contera son vécu....Dans cette terre qui m'a vue naître je retournerai, pour assumer les dettes de la vie.
Ainsi se boucle le cercle, la roue qui tourne ne recommence jamais, puisqu'elle ne s'arrête pas.

-L'ultime voyage-
Je n'oublierai jamais ce Dimanche matin, le douze octobre deux mille trois à onze heures. Comme bien souvent, j'ai envie de te téléphoner pour avoir de tes nouvelles. Aucune réponse...L'inquiétude, le début du cauchemar, vite !....le départ à Agen....Que vais-je découvrir chez toi ? Le stress qui galope et le coeur qui suit la cadence....vingt minutes, une éternité.
Pour toi le compte à rebours avait commencé la veille à vingt heures. Depuis tu gisais sur le sol de t a cuisine, tu avais passé la nuit et la matinée à tenter de te relever, suite à une chute accidentelle. La pièce, surtout le sol témoignait du combat que tu avais mené jusque là. Une casserole de soupe complètement fondue, avait fini par éteindre le gaz qui continuait à s'échapper. Ton ami fidèle, ton chien « Scoop » était là à tes cotés.... C'est ainsi que nous t'avons trouvé, épuisée mais consciente.
Le médecin, l'ambulance, le départ aux urgences.....L'espoir qui s'assombri, tes recommandations pensant que tu reviendrais rapidement. Pour nous la réalité était déjà là, car des analyses de sang, avait révélé une situation très grave, je n'avais pas le courage de le penser : « désespéré » Oui maman ! Je donnerai à manger à ton chien, en attendant il viendra chez moi, nous fermerons et surveillerons la maison, et quand tu reviendras tout sera propre et bien rangé....Tu viendras te reposer un peu à la campagne. La seule vérité dans tout cela : « se reposer à la campagne... »
Tout a été très vite. L'opération le jeudi, des calculs comme des oeufs de pigeon. La découverte d'un cancer très avancé, les mots du médecin....Une semaine au plus... Oui ! Il reste une semaine à ma maman !...On ne pleure pas, je suis pétrifié.
Samedi soir, tu respires très mal... ; Dimanche matin, c'est l'isolement dans une autre chambre, tu as beaucoup de mal à aspirer la vie. On a installé la morphine, j'ai lourdement insisté je ne veux pas que tu souffres, j'ai l'impression en parlant au médecin, de te planter un couteau ; Et s'il s'était trompé, si les analyses n'était pas les tiens, si c'était une erreur ! Et si en vérité tu pouvais guérir...Et si...Et si...
3.
Je ne te quitte plus ! Ce n'est pas une erreur ; Je te parle, je tiens ta main, je te garde de mon coté de la vie. Tu as les yeux fermés pour mieux te reposer, tu cherches l'air de plus en plus loin, chaque inspiration est un effort physique. C'est dimanche soir, la famille doit arrivée...
Lundi matin, Je te fixe, mon enfance défile, tu es encore là, je me cache, je me voile...je masque mon coeur...Tu commences à t'éloigner, tu es dans l'indécision, dans une réflexion que les deux vies t'imposent. Je sens bien l'atmosphère, un calme trop pesant, que dois-je dire avant ? Nous attendons ensemble, avec mes deux mains, je serre la tienne pour mieux la réchauffer ; peut être que le train aura du retard, il faut en profiter ; J'aurai dû noter au cours de ma vie, ce que je voulais dire, j'ai peur d'oublier....Et si je lui disais : « Maman je t'aime ! Et depuis toujours ; Tu le savais ? Et moi qui croyais qu'il fallait le dire ! C'est vrai que l'on respire sans y penser, à l'apogée de la vie... »

- Lundi quinze heures quinze-
Je suis assis à la droite de ton lit, je ne sais pas pourquoi, mon « masque » me fait prendre un magazine, faire semblant...C'est ça aussi la vie. Une minute après, tel un message express, une pensée dans ma tête, je jette le journal à terre : « vite, vite maman va partir, elle a peur, il faut que je l'aide à nous quitter.... » Je me penche à son oreille, et lui parle doucement... combien de temps ? Deux, trois, cinq minutes, tu as soufflé sur la flamme de ta vie, ta bougie s'est éteinte, lentement, proprement, avec discrétion, oui beaucoup de discrétion... au revoir maman, à bientôt....Tu sais comment....Il est quinze heures quinze.

Dans quel monde suis-je tombé ? Mon coeur arrête de pleurer ! Fait semblant comme tu savais avant ! Ma tête ne me parle plus ! Mes jambes tenez vous debout ! Mes mains aidez moi à cacher la lumière !
Les fleurs, la jolie boîte, vous le voulez comment ? Nous en avons de très beau en chêne ! C'est là que l'on m'a appris que c'était beau, je l'ignorais jusqu'à présent !
L'église, la sortie derrière maman, je suis saoul, Je crois que je ne marche pas droit, le plus pénible, l'épreuve de ma vie...J'ai peur de l'explosion !
Merci mon épouse ! Elle est là, très profondément là ! Sans elle, sans sa main douce et ferme je tombais dans le gouffre. Tout le temps qu'il fallait, les journées entières elle m'a soutenue, elle a pratiquement tout assumé seule, surtout l'administratif cartésien ; Merci !




4.
- Puis, le temps reprend ses droits et s'égrène à nouveau –

Onze novembre deux mille trois- Il paraît que c'est la fête aujourd'hui ! Cela fait trois semaine...Combien de temps dure le voyage ? Peut –on se retourner, voir la maison et les siens s'éloigner ?
Tu es partie, chargée de ta vie pour tout bagage, de ta mémoire, de ton affection, de ton tempérament. La petite fille, la jeune femme, la maman puis la mamie, toutes ont suivies, le cordon de la vie s'est coupé...
Tu étais la dernière à monter dans le train, tous ceux que tu aimais l'on pris depuis longtemps. Il n'était venu que pour toi, lentement, sans bruit, il reviendra pour nous...Papa est déjà là-bas, il t'attend. Pendant que tu marchais sur la route de ton existence, tu as pris soin de nous. Creusant à deux, souvent avec les doigts, usés et fatigués, un « sillon », le plus droit possible, afin que germe notre vie...
Sur le quai je t'ai accompagné. De la même façon que tu me tenais la main lorsque j'étais enfant, je tenais la tienne.
De la même façon que tu me disais « ne prend pas froid, fait bien attention » j'ai eu peur pour toi.
Pourtant j'ai trouvé le courage et la force, de faire avec toi le dernier bout de chemin.
Alors...La grande porte blanche a commencé à s'ouvrir ; Une lumière et une douce musique, qui envoûte l'âme, retient le corps et l'attire en même temps.
Sur toi je me suis penché...Sans lâcher ta main, je t'ai parlé, retenant mes sanglots, avalant mon désespoir en voyant poindre à l'horizon ton éternité, ton au-delà, si loin et pourtant si prés de nous...
Tes yeux étaient presque clos, tu attendais le dernier souffle ; Quelqu'un d'autre que moi t'appelait ! Tandis que moi je te disais :
« Maman ! Je crois que tu m'entends, J'ai tant de choses à te dire...Pense à nous, protège nous...N'ai pas peur, tu ne nous abandonnes pas .Si tu veux, tu peux partir ! Tu sais bien que tous les deux, même après, nous pourrons parler.
Tu vas retrouver papa, tous les tiens, tu seras toujours avec nous.
Oh !...Tu ouvres les yeux, Il semble que tu cherches à murmurer... ; Maman je t'aime, je suis là... »
J'ai retenu un : « Ne me quitte pas !... »


5.

Son dernier regard sur la vie était fixe, c'est sûr elle avait compris, la porte allait se refermer...
Tout s'est éteint, tes yeux se sont fermés, pour la dernière fois tu as expirée, soufflée sur la vie, en douceur, avec sérénité, déjà ton visage traduisait le bien être en esquissant l'amorce d'un sourire...
Brusquement le vide, après la lumière le grand trou noir, le vertige, la solitude, la noyade...La...Le...Flou, c'est flou...
Ta main est encore chaude, C'est tout ce qui reste de ta vie.
Puis la pluie est venue, comme un orage d'été longtemps retenu, ta main est tiède, le froid envahi ton corps et mon coeur, toi si frileuse comment feras –tu ?
TA MAIN EST FROIDE MAMAN ! TU AS FROID MAMAN ! JE TE COUVRE, FAIS ATTENTION A TOI MAMAN !
Je tente d'essuyer mes yeux, je crois que je pleure...Il ne faut pas ! Au dessus de son corps elle nous voit...
Vivre ! C'est mourir doucement...Nous prendrons tous le dernier train...

Nous sommes le huit avril deux mille cinq, je suis satisfait d'avoir enfin écrit cela, une bonne thérapie dont j'avais besoin. On n'oublie pas, on s'habitue !
Depuis, j'ai fait du chemin. J'ai la chance de pouvoir correspondre avec elle et les autres, merci de me faire cet honneur, mon seul souci est de m'en montrer digne et de laisser faire les choses ; calmement, afin que s'écoule la vie dans la sérénité et l'humilité.

Oser! pour aller plus loin!...


Les réponses à ce message

 ... par Calaquendi le 02.05.05 à 09h39
 Merci Léon47, par Kaya le 04.05.05 à 08h06
 émouvant ! par Chaton le 27.09.05 à 14h59
 La cinquantaine estivale... par Capella le 28.09.05 à 09h08
 Optimiste?... par Leon47 le 29.09.05 à 06h56
 Et si.....Léon... par Anubis le 01.10.05 à 12h28
 Rectificatif! par Leon47 le 02.10.05 à 07h41
 Erreur par Jourdain le 29.09.05 à 19h17

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