L'acteur - Pris dans le jeu des illusions que nous fait vivre la vie moderne, il nous est, pour la plupart, très difficile de prendre un vrai recul et de considérer

 

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L'acteur

Texte publié le 31 janvier 2005 proposé par Guillaume
Pris dans le jeu des illusions que nous fait vivre la vie moderne, il nous est, pour la plupart, très difficile de prendre un vrai recul et de considérer notre vie, notre présence sur la Terre, dans une autre perspective... Il faut pour cela laisser croître en nous une nouvelle profondeur, la dimension spirituelle, pour oser affronter la réalité comme elle est véritablement, et non comme on nous a enseigné qu'elle devait être. Cette recherche de l'expérience spirituelle commence pour moi par la prise de conscience de la réalité de l'âme, de son appel qui résonne en nous. Par la lecture de témoignages, par la prière et la méditation, et, pour moi, également par l'écriture automatique que je me suis senti invité à tenter, on peut refaire le pont avec l'invisible. Et dès les premiers contacts avec l'Esprit, avec notre âme comme avec d'autres âmes, un univers de certitude s'effondre autour de nous, le rideau tombe, et notre existence telle que vécue jusqu'alors, dans sa grande
théâtralité, nous apparaît alors comme une pièce trop bien montée où l'on s'est empressé d'y trouver un rôle et où il ne reste plus de place à la spontanéité et l'amour...
La vie avec l'Esprit, s'entreprend comme une quête pour retrouver dans son rôle la créativité et la valeur de l'engagement dans l'amour, et on trouve car on y est aidé. Alors, cela s'accompagne d'une grande joie, mais aussi d'un immense désir de communiquer ce qu'on a commencé à vivre.
Pour décrire mon expérience j'ai cherché une façon plus imagée que narrative. J'ai donc reconstruit un théâtre, mais un théâtre intérieur, où l'acteur est invité à un jeu aux règles improvisées qui figure ces premiers pas, ce premier contact tel que je le revis maintenant chaque jour. Cette maladresse du débutant, je vous l'offre en partage, comme je l'ai offerte à l'Esprit du Dieu vivant.
L'acteur
Entre en scène un homme. Il n'y voit pas très clair, on n'y voit personne d'autre et la pièce est peu meublée à vrai dire. Tout de son état, de son caractère et de son rôle il l'ignore. S'est-il trompé de théâtre ou d'heure ? Ou n'y aura-t-il aucune représentation ?
En y réfléchissant il pourrait être le concierge amnésique qui longtemps après sa courte carrière sur les planches serait revenu par hasard hanter le lieu perdu de sa mémoire. Comme il pourrait être un tout autre amnésique. Ce tardif génie du verbe, faisant tantôt Cyrano, tantôt Néron... qui, pour oublier qu'il avait perdu sa vie à balayer les planches à des heures où la société rassasiée du spectacle est passée à d'autres salons... serait-il passé un jour par l'entrée des artistes pour, proprement maquillé et costumé, surgir ainsi au milieu de la scène à l'improvise ?
Seulement la scène est vide encore et au parterre ne s'y trouvent pas de spectateurs riant et pleurant. Ni monteur, ni technicien en vue et, à vrai dire, trop peu de lumière pour faire même brin de répétition. Mais l'homme se tient droit et ne semble pas terrassé par ces questions. Il sourit plutôt d'une sorte d'expectative. Son visage a l'expression à la fois décontenancée et ravie. Mais voilà qu'il fait face à une loge imaginaire – ou est-ce un trompe-l'oeil victorien ? – qui semblerait accrochée à la plus haute paroi de la voûte.
- Soyez les bienvenus, dit-il soudainement d'une voix nette et douce.
Et voilà encore qu'il s'anime davantage, et que ses habits, qui ne lui donnaient aucun caractère précis, se déploient peu à peu. Ses gestes lui donnent un air décidé mais sans l'exagération qu'on connaît aux comédiens.
- Seriez-vous le dramaturge ?
Mais la réponse il la mime sans que ses gestes ne décrivent vraiment une affirmation. Ses bras se tendent, ses mains font des tourbillons dans l'air. De son regard il ne manque pas de suivre le mouvement et on peut maintenant y lire une curiosité grandissante.
Il passe maintenant de cour à jardin, où il finit par s'asseoir, d'un mouvement cette fois plus lent.
- J'ai tout mon temps.
Il se remet à contempler les alentours, plissant parfois des yeux, comme pour mieux voir dans l'obscurité, ou pour se protéger d'un soleil qui pointerait de sous les nuages.
Il y a un balai à sa portée. Il s'en empare, et y cherche un moment un certain confort dans la position, se sentant comme celui dont le corps n'a pas l'expérience du métier. Des feuilles jonchent le sol, tombées d'on ne sait où, qu'il se met à râteler sans se presser. Déjà il repose son balai. Une fine inscription, à peine moins légère qu'un fil de trame dans le vélin. Elle semblerait n'avoir ni commencement ni fin et pourtant il se surprend à lire.
On trouve toutes sortes de maquettes et d'artifices, parchemins jaunis et mappemondes cornues dans les coulisses des théâtres et, quoique sur scène ils deviennent plus vrais que nature, ils ne trompent jamais le regard aguerri de l'habitué du spectacle. Mais l'habitué n'est pas venu semble-t-il et entre ses mains à lui, ces feuilles montrent des lignes de vies qui n'ont rien à voir avec le gribouillis faux semblant. Une longue cursive rapide chevauchée d'ambages ronds et décidés. Conduite par un chef qui en connaîtrait la clef, des musiciens y interpréteraient un rythme émouvant de leurs cordes, vents et cuivres. Lue par un enfant, on y reconnaîtrait assurément une comptine. Et le pieux, rendu myope par de trop longues nuits penchées sur les textes, y enchaînerait une litanie de chapelets, croyant y voir encore les mêmes signes diacritiques et la même trace du doigt surlignant, là où pourtant aucun doigt n'avait encore effleuré le papier toujours vierge.
Mais il ne joue pas le rôle du musicien, de l'enfant de choeur, du pieux. Il est simplement rassuré par la présence de ces nouveaux acteurs, et bien qu'on ne les aperçoive pas, on devine qu'ils ont tous une place dans le scénario, qu'on leur a attribué un rôle, et que, quelque part, au même instant, ils répètent.
Reposé, il revient au centre.
- Je me sens prêt, dit-il au bout d'un moment.
Il prend une lente inspiration et se remet à gesticuler, cette fois avec l'assurance d'un artiste de la scène, ou tel jouant un poète déclamant des vers qui ne serait pas de sa propre composition. Sans que le mouvement s'arrête, la scène est tout-à-coup noyée d'une aube et d'un silence ondoyant qui fait bientôt vibrer un diapason, posé sur le rebord d'un piano invisible. Alors doucement, il se surprend à cueillir la rose d'or qui chante toujours et la porte devant lui, comme pour l'offrir à sa belle qui se serait éveillée, à son balcon. Elle tend la main et effleure la sienne.
C'est tout leur amour qui vibre dans ce contact. Leurs cheveux, détachés, puis soulevés légèrement par une brise inattendue, s'emmêlent. Leurs coeurs battent au même roulement de tambour. Un arc de lumière auréole leur front et fait apparaître un ciel étoilé.
Leurs manteaux scintillent et les enveloppent comme un seul corps. Il ne sont plus qu'un. Leurs épaules sont enchâssées dans la même vibration et leurs fronts s'interpénètrent dans un moment de partage absolu. Des ailes de feu les portent, mais il n'ont plus le souvenir de leur pas sur le sol. Ils sont ensemble et avec ceux qu'ils ont connus. Ils sont en route, mais le voyage n'a pas de durée. Ils mesurent l'éternité dans cet instant en s'embrassant.
À eux se dévoilent le sens des choses qu'ils croyaient connaître. Avec le temps ils se sont arrêtés. Dans cette immobilité ils redécouvrent la liberté d'aimer et d'être aimé. Autour d'eux coule une rivière dorée. Ils s'y baignent et s'y abreuvent. Ils comprennent que l'origine de leur bonheur, la source, est encore au-delà, et pourtant elle est maintenant en eux. Ils apprennent encore le nom de l'esprit qui les accompagne. Puis, ensemble, ils redescendent sous les nuages et retrouvent la couleur des villes et des murs. Par une dernière caresse, ils se disent "Adieu", comme on dit :
- "A bientôt" soufflé dans un murmure.

Commentaires autour du texte
commentaire Ouah mon dieu je me crois dedans.. écrit par Alicia le 31.01.2005
commentaire Extraordinaire écrit par Patricia le 02.02.2005
commentaire Merci Guillaume ! écrit par Cherchant le 02.02.2005
commentaire Poésie écrit par Jean le 05.02.2005
commentaire Un tableau écrit par Gilles le 06.02.2005
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