LE LIVRE DES FIGURES HIEROGLIPHIQUES - Contenant l'explication des Figures Hiéroglyphiques qu'il a fait mettre au Cimetière des SS. Innocents à Paris. Loué soit éternellement le Seigneur mon Dieu, qui élève l'Humble de la boue,

 

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LE LIVRE DES FIGURES HIEROGLIPHIQUES

Texte publié le 01 mars 2015 proposé par Justificus
Contenant l'explication des Figures Hiéroglyphiques qu'il a fait mettre au Cimetière des SS. Innocents à Paris.
Loué soit éternellement le Seigneur mon Dieu, qui élève l'Humble de la boue, et fait réjouir le coeur de ceux qui espèrent en lui : Qui ouvre aux Croyants avec grâce les sources de sa bénignité, et met sous leurs pieds les cercles mondains de toutes les félicités terriennes. En lui soit toujours notre espérance, en sa crainte notre félicité, en sa miséricorde la gloire de la réparation de notre nature, et en la prière notre sûreté inébranlable. Et vous, ô Dieu Tout-puissant, comme votre bonté a daigné d'ouvrir en la Terre devant moi, votre indigne Serviteur, tous les Trésors des Richesses du Monde, qu'il plaise à votre clémence, lorsque je ne serai plus au nombre des Vivants, de m'ouvrir encore les Trésors des Cieux, et me laisser contempler votre face divine, dont la Majesté est un délice inénarrable, et dont le ravissement n'est jamais monté en coeur d'Homme vivant. Je vous le demande par le Seigneur Jésus-Christ votre Fils bien-aimé, qui en l'Unité du Saint-Esprit vit avec vous au siècle des siècles.
Encore que moi, Nicolas Flamel, écrivain et habitant de Paris, en cette année mil trois cens quatre-vingt-dix-neuf, et demeurant en ma maison en la rue des Ecrivains, près la Chapelle Saint-Jacques de la Boucherie. Encore, dis-je, que je n'aie appris qu'un peu de Latin, pour le peu de moyens de mes Parents, qui néanmoins étaient par mes Envieux mêmes estimés Gens de bien, si est-ce que (par la grande grâce de Dieu, et intercession des bienheureux Saints et Saintes de Paradis, principalement de Saint Jacques), je n'ai pas laissé d'entendre au long des Livres des Philosophes, et d'y apprendre leurs Secrets si cachés. C'est pourquoi il ne sera jamais moment en ma vie, me souvenant de ce haut lieu, qu'à genoux (si le lieu le permet) ou bien dans mon coeur, de toute mon affection, je n'en rende grâces à ce Dieu très bénigne, qui ne laisse jamais l'Enfant du Juste mendier par les portes, et qui ne trompe point ceux qui espèrent entièrement en sa bénédiction. Donc, ainsi qu'après le décès de mes Parents je gagnais ma vie en notre Art d'Ecriture, faisant des Inventaires, dressant des Comptes, et arrêtant les Dépenses des Tuteurs et Mineurs, il me tomba entre les mains, pour la somme de deux florins, un Livre doré, fort vieux et beaucoup large. Il n'était point de papier ou parchemin, comme sont les autres, mais il était fait de déliées écorces, (comme il me semblait) de tendres Arbrisseaux. Sa couverture était de cuivre bien délié, toute gravée de lettres ou figures étranges ; et quant à moi, je crois qu'elles pouvaient bien être des caractères Grecs, ou d'autre semblable Langue ancienne. Il y en avait tant que je ne savais pas les lire, et que je sais bien qu'elles n'étaient ni lettres Latines ou Gauloises ; car je m'y entends un peu. Et dedans, ses feuilles d'écorces étaient gravées, et d'une grande industrie, écrites avec un burin de fer, en belles et très nettes lettres Latines colorées. Il contenait 21 feuillets, le septième étant toujours sans écriture. Au lieu de laquelle il y avait peint au premier septième une Verge, et des Serpents s'engloutissant, (V) au second septième, une Croix, où un Serpent était crucifié ; (VI) au dernier septième étaient peints des Déserts, au milieu desquels coulaient plusieurs belles Fontaines, dont sortaient plusieurs Serpents, qui couraient par-ci et par-là (VII). Au premier des feuillets y avait écrit en Lettres grosses capitales dorées Abraham Juif, Prince, Prêtre, Lévige, Astrologue, Philosophe, à la Nation des Juifs, par l'ire de Dieu dispersée aux Gaules SALUT. D.I. Après cela il était rempli de grandes exécrations et malédictions, avec ce mot, MARANATHA, (qui était souvent répété) contre toute personne qui jetterait les yeux dessus, s'il n'était Sacrificateur ou Scribe. Celui qui m'avait vendu ce Livre ne savait pas ce qu'il valait, aussi peu que moi quand je l'achetai. Je crois qu'il avait été dérobé aux misérables Juifs ou trouvé quelque part caché dans l'ancien lieu de leur demeure.
Dans ce Livre, au second feuillet, il consolait sa Nation, la conseillant de fuir les vices et surtout l'Idolâtrie, attendant le Messie à venir avec douce patience, lequel vaincrait tous les Rois de la Terre, et règnerait avec son Peuple en gloire éternellement. Sans doute, ç'avait été un Homme fort savant.
Au troisième feuillet, et en tous les autres suivant écrits, pour aider sa captive Nation à payer les tributs aux Empereurs romains, et pour faire autre chose, que je ne dirai pas, il leur enseignait la Transmutation Métallique en paroles communes, peignait les Vaisseaux au côté, et avertissait des Couleurs et de tout le reste, hormis du premier Agent, dont il ne parlait point ; mais bien, comme il disait, il le peignait et figurait par très grand artifice au quatrième et cinquième feuillets entiers. Car encore qu'il fût bien intelligiblement figuré et peint, toutefois, aucun ne l'eût su comprendre sans être fort avancé en leur langue, et sans avoir bien étudié les Livres des Philosophes. Donc, les quatrième et cinquième feuillets étaient sans écriture, tout remplis de belles Figures enluminées ou peintes, avec grand artifice.
Premièrement, au quatrième feuillet il peignait (I) un jeune Homme avec des ailes aux talons, ayant une Verge caducée en main, entortillée de deux Serpents, de laquelle il frappait un Casque qui lui couvrait la tête. Il semblait, à mon avis, le Dieu Mercure des Païens. Contre lui venait courant et volant à ailes ouvertes, un grand Vieillard, qui avait sur la tête une Horloge attachée et en ses mains une faux comme la Mort, de laquelle, terrible et furieux, il voulait trancher les pieds à Mercure.
De l'autre côté du quatrième feuillet, il peignait (II) une belle Fleur au sommet d'une Montagne très haute, que l'Aquilon ébranlait fort rudement. Elle avait la tige fleuë, les fleurs blanches et rouges, les feuilles reluisantes comme l'Or fin, à l'entour de laquelle les Dragons et Griffons Aquiloniens faisaient leur nid et leur demeure.
Au cinquième feuillet, il y avait un beau (III) Rosier fleuri au milieu d'un beau Jardin, appuyé contre un Chêne creux ; au pied desquels bouillonnait une Fontaine d'Eau très blanche, qui allait se précipiter dans des abîmes, passant néanmoins premièrement entre les mains d'infinis Peuples qui fouillaient en terre, la cherchant ; mais parce qu'ils étaient aveugles, nul ne la connaissait, hormis quelqu'un qui en considérait le poids.
A l'autre page du cinquième feuillet, il y avait un Roi avec un grand coutelas, (IV) qui faisait tuer en sa présence par des Soldats grande multitude de petits Enfants, les Mères desquels pleuraient aux pieds des impitoyables militaires, et ce sang était ramassé après par d'autres Soldats, et mis dans un grand Vaisseau, dans lequel le Soleil et la Lune du Ciel se venaient baigner. Et parce que cette Histoire représentait à peu près celle des Innocents tués par Hérode, et qu'en ce Livre-ci j'ai appris la plupart de l'Art, ç'a été une des causes pourquoi j'ai mis en leur Cimetière ces Symboles Hiéroglyphiques de cette secrète Science. Voilà ce qu'il y avait en ces cinq premiers feuillets.
Je ne représenterai point ce qui était écrit en beau et intelligible Latin en tous les autres feuillets écrits, car Dieu me punirait, d'autant que je commettrais plus de méchanceté que celui, comme on dit, qui désirait que tous les Hommes du Monde n'eussent qu'une tête, et qu'il la pût couper d'un seul coup.
Donc, ayant chez moi ce beau Livre, je ne faisais nuit et jour qu'y étudier, entendant très bien toutes les Opérations qu'il démontrait ; mais ne sachant point avec quelle Matière il fallait commencer, ce qui me causait une grande tristesse, me tenait solitaire et faisait soupirer à tout moment. Ma Femme Pernelle, que j'aimais autant que moi-même et que j'avais épousée depuis peu, en était toute étonnée, me consolant et demandant de tout son courage si elle pouvait délivrer de fâcherie. Je ne pus jamais tenir ma langue, que je ne lui disse tout, et ne lui montrasse ce beau Livre, duquel elle fut autant amoureuse que moi-même, prenant un extrême plaisir à contempler ces belles Couvertures, Gravures, Images et Portraits, à quoi elle entendait aussi peu que moi. Toutefois ce m'était une grande consolation d'en parler avec elle, et de m'entretenir de ce qu'il faudrait faire pour en avoir l'interprétation.
Enfin je fis peindre le plus au naturel que je pus dans mon logis toutes ces Figures des quatrième et cinquième feuillets, que je montrai à Paris à plusieurs Savants, qui n'y entendirent pas plus que moi. Je les avertissais même que cela avait été trouvé dans un Livre qui enseignait la Pierre Philosophale ; mais la plupart se moquèrent de moi et de la bénite Pierre, hormis un, appelé M. Anseaulme, qui était Licencié en Médecine, lequel étudiait fort en cette Science. Il avait grande envie de voir mon Livre, et n'y eut chose qu'il ne fît pour le voir ; mais je l'assurai toujours que je ne l'avais point ; bien lui fis-je une grande description de sa Méthode. Il disait que le premier représentait le Temps, qui dévorait tout, et qu'il fallait l'espace de six ans, selon les six feuillets écrits, pour parfaire la Pierre ; soutenait qu'alors il fallait tourner l'Horloge, et ne cuire plus. Et quand je lui disais que cela n'était peint que pour démontrer et enseigner le premier Agent (comme il était dit dans le Livre) il répondait que cette coction de six ans était comme un second Agent. Que véritablement le premier Agent y était peint, qui était l'Eau blanche et pesante, qui sans doute était le Vif-argent, que l'on ne pouvait fixer, ni lui couper les pieds, c'est-à-dire lui ôter la volatilité, que par cette longue décoction dans un Sang très pur de jeunes Enfants ; que dans ce Sang ce Vif-argent, se conjoignant avec l'Or et l'Argent, se convertissait premièrement avec eux en une Herbe semblable à celle qui était peinte ; puis après, par corruption, en Serpents, lesquels étant après entièrement desséchés et cuits par le feu se réduiraient en Poudre d'Or, qui ferait la Pierre.
Cela fut cause que durant le long espace de vingt et un ans, je fis mille brouilleries, non toutefois avec le Sang, ce qui est méchant et vilain. Car je trouvais dans mon Livre que les Philosophes appelaient Sang l'Esprit minéral qui est dans les Métaux, principalement dans le Soleil, la Lune et le Mercure, à l'assemblage desquels je tendais toujours. Aussi ces interprétations, pour la plupart, étaient plus subtiles que véritables. Ne voyant donc jamais en mon Opération les signes pareils à ce qui était écrit dans mon Livre, j'étais toujours à recommencer. Enfin, ayant perdu l'espérance de jamais comprendre ces Figures, je fis un voeu à Dieu, et à S. Jacques de Galice, pour demander l'interprétation d'icelles à quelque Prêtre Juif, en quelqu'une des Synagogues d'Espagne. Donc, avec le consentement de Pernelle, portant sur moi l'extrait de ces Figures, ayant pris l'habit et le bourdon, en la même façon qu'on me peut voir au dehors de cette même Arche en laquelle je mets ces Figures Hiéroglyphiques dans le Cimetière, où j'ai aussi mis contre la muraille, d'un et d'autre côté, une Procession où sont représentées par ordre toutes les Couleurs de la Pierre, ainsi qu'elles viennent et finissent avec cette écriture Françoise. Moult plait à Dieu Procession S'elle est faite en dévotion.
Ce qui est quasi le commencement du Livre du Roi Hercules traitant des Couleurs de la Pierre, intitulé l'Iris, en ces termes : Operis processio multum naturae placet, etc., que j'ai mis là tout exprès pour les Savants qui entendront l'allusion. Donc en cette même façon je me mis en chemin, et enfin j'arrivai à Mont-joie, et puis à S.Jacques, où avec grande dévotion j'accomplis mon voeu. Cela fait, au retour je rencontrai dans Léon un Marchand de Boulogne, qui me fit connaître à un Médecin Juif de Nation, et lors Chrétien, qui y demeurait, et qui était fort savant, étant appelé Maître Canches. Quand je lui eus montré les Figures de mon extrait, ravi de grand étonnement et de joie, il me demanda incontinent si je savais des nouvelles du Livre duquel elles étaient tirées. Je lui répondis en Latin, comme il m'avait interrogé, que j'avais espérance d'en avoir de bonnes nouvelles, si quelqu'un me déchiffrait ces Enigmes. Tout à l'instant, emporté de grande ardeur et joie, il commença aussitôt à m'en déchiffrer le commencement. Or pour n'être long, il était très content d'apprendre des nouvelles où était ce Livre, et moi de l'en ouïr parler. Et certes il en avait ouï discourir bien au long ; mais comme d'une chose qu'on croyait entièrement perdue, comme il disait. Nous résolûmes notre voyage, et de Léon nous passâmes à Oviédo, et de là à Sanson, où nous nous mîmes sur Mer pour venir en France. Notre voyage avait été assez heureux, et déjà, depuis que nous étions entrés en ce Royaume, il avait interprété la plupart de mes Figures, où jusqu'aux points même il trouvait de grands mystères, (ce que je trouvais fort merveilleux), quand, arrivant à Orléans, ce savant Homme tomba extrêmement malade, affligé de vomissements, qui lui étaient resté de ceux dont il avait souffert sur la Mer. Il craignait tellement que je le quittasse, qu'il ne se peut imaginer rien de semblable. Et bien que je fusse toujours à ses côtés, si m'appelait-il incessamment. Enfin il mourut sur la fin du septième jour de sa maladie, dont je fus fort affligé. Au mieux que je pus je le fis enterrer en l'Eglise de Sainte Croix à Orléans, où il repose encore. Dieu aie son âme, car il mourut bon Chrétien. Et certes si je ne suis empêché par la mort, je donnerai à cette Eglise quelques Rentes pour faire dire pour son âme tous les jours quelques Messes.
Qui voudra voir l'état de mon arrivée, et la joie de Pernelle, qu'il nous contemple tous deux en cette Ville de Paris sur la Porte de la Chapelle de S.Jacques de la Boucherie, du côté et tout auprès de ma maison, où nous sommes peints, moi rendant grâces aux pieds de S. Jacques de Galice, et Pernelle à ceux de S.Jean, qu'elle avait si souvent invoqué. Tant y a que par la grâce de Dieu et l'intercession de la bienheureuse et Sainte Vierge, j'eus ce que je désirais, c'est-à-dire les premiers Principes, non toutefois leur première Préparation, qui est une chose très difficile sur toutes celles du Monde. Mais je l'eus à la fin après les longues erreurs de trois ans ou environ, durant lequel temps je ne fis qu'étudier et travailler ; ainsi qu'on me peut voir hors de cette Arche (où j'ai mis des Processions contre les deux Piliers d'icelle) sous les pieds de S.Jacques et de S.Jean, priant toujours Dieu, le Chapelet en main, lisant tris attentivement dans un Livre, et pesant les mots des Philosophes, et essayant puis après les diverses Opérations que je m'imaginais par leurs seuls mots.
Enfin je trouvai ce que je désirais, ce que je reconnus aussitôt par la senteur forte. Ayant cela, j'accomplis aisément le Magistère. Aussi, sachant la Préparation des premiers Agents, suivant après à la lettre mon Livre, je n'eusse pu faillir, même si je l'avais voulu. Donc la première fois que je fis la Projection, ce fut sur du Mercure, dont j'en convertis demi livre ou environ en pur Argent, meilleur que celui de la Minière comme j'ai essayé et fait essayer par plusieurs fois. Ce fut le 17 de Janvier, un Lundi environ midi, en ma maison, en présence de Pernelle seule, l'An mil trois cens quatre-vingt deux. Et puis après, en suivant toujours de mot à mot mon Livre, je la fis avec la Pierre rouge, sur semblable quantité de Mercure, en présence encore de Pernelle seule, en la même maison, le vingt-cinquième jour d'avril suivant de la même année, sur les cinq heures du soir, que je transmuai véritablement en quasi autant de pur Or, meilleur certainement que l'Or commun, plus doux et plus ployable. Je le peux dire avec vérité. Je l'ai parfaite trois fois avec l'aide de Pernelle, qui l'entendait aussi bien que moi, pour m'avoir aidé aux Opérations ; et sans doute, si elle eût voulu entreprendre de la faire toute seule, elle en serait venue à bout. J'en avais bien assez la faisant une seule fois ; mais je prenais grand plaisir à voir et contempler dans les Vaisseaux les Œuvres admirables de la Nature.
Pour te signifier comme je l'ai faite trois fois, tu verras en cette Arche, si tu les reconnais, trois Fourneaux semblables à ceux qui servent à nos Opérations.
Je crains longtemps que Pernelle ne pût cacher la joie de sa félicité extrême, que je mesurais par la mienne, et qu'elle ne lâchât quelque parole à ses Parents des grands Trésors que nous possédions ; car l'extrême joie ôte le sens, aussi bien que la grande tristesse. Mais la bonté du grand Dieu ne m'avait pas comblé de cette seule bénédiction que de me donner une Femme chaste et sage, elle était encore non seulement capable de raison, mais aussi de parfaire ce qui était raisonnable, et plus discrète et secrète que le commun des autres Femmes. Sur tout elle était fort dévote ; c'est pourquoi, se voyant sans espérance d'Enfants, et déjà bien avant sur l'âge, elle commença tout de même que moi à penser à Dieu, et à vaquer aux oeuvres de miséricorde.
Lorsque j'écrivais ce Commentaire, en l'An mil quatre cent treize, sur la fin de l'An, après le trépas de ma fidèle Compagne, que je regretterai tous les jours de ma vie, elle et moi avions déjà fondé et renté quatorze Hôpitaux en cette Ville de Paris ; bâti tout de neuf trois Chapelles ; décoré de grands dons et bonnes rentes sept Eglises, avec plusieurs réparations en leurs Cimetières, outre ce que nous avions fait à Bologne, qui n'est guère moins que ce que nous avons fait ici. Je ne parlerai point du bien que nous avons fait ensemble aux pauvres Particuliers, principalement aux Veuves et pauvres Orphelins. Si je disais leur nom, et comment je faisais cela, outre que le salaire ne m'en serait pas donné en ce Monde, je pourrais faire déplaisir à ces bonnes Personnes (que Dieu veuille bénir), ce que je ne voudrais faire pour rien du monde.
Bâtissant donc ces Eglises, Cimetières et Hôpitaux en cette Ville, je me résolu de faire peindre en la quatrième Arche du Cimetière des Innocents (entrant par la grande porte de la rue S. Denis, en prenant la main droite) les plus vraies et essentielles marques de l'Art, sous néanmoins des voiles et couvertures Hiéroglyphiques à l'imitation de celles du Livre doré du Juif Abraham, pouvant représenter deux choses selon la capacité et savoir de ceux qui le. verront : premièrement les Mystères de notre Résurrection future et indubitable, au jour du Jugement et Avènement du bon Jésus (auquel plaise nous faire miséricorde), histoire qui convient bien à un Cimetière. Et puis après encore, pouvant signifier à ceux qui sont entendus en la Philosophie Naturelle toutes les principales et nécessaires Opérations du Magistère.
Ces Figures Hiéroglyphiques serviront comme de deux chemins pour mener à la vie céleste. Le premier sens plus ouvert, enseignant les sacrés Mystères de notre Salut, ainsi que je démontrerai ci-après. Et l'autre, enseignant à tout Homme, pour peu entendu qu'il soit en la Pierre, la droite voit de l'Œuvre, laquelle étant parfaite par quelqu'un, le change de mauvais en bon, lui ôte la racine de tout péché (qui est l'Avarice) le faisant libéral, doux, pieux, religieux et craignant Dieu, quelque mauvais qu'il fût auparavant. Car après cela il demeure toujours ravi dans la grande grâce et miséricorde qu'il a obtenue de Dieu, et de la profondeur de ses Œuvres divines et admirables. Ce sont les causes qui m'ont obligé à mettre ces Figures en cette façon, et en ce Lieu, qui est un Cimetière, afin que si quelqu'un obtient ce bien inestimable que de conquérir cette riche Toison, il pense comme moi de ne tenir point le talent de Dieu caché dans la terre, achetant Terres et Possessions, qui font les vanités de ce Monde ; mais plutôt de secourir charitablement ses Frères, se souvenant d'avoir appris ce Secret parmi les ossements des Morts, avec lesquels il se doit bientôt trouver, et qu'après cette vie passagère, il faudra rendre compte devant un juste et redoutable Juge, qui censurera jusqu'à la parole oiseuse et vaine.
Que donc celui, qui ayant pesé mes mots, et bien connu et entendu mes Figures (sachant d'ailleurs les premiers Principes et Agents, car certainement il n'en trouvera aucun vestige ou enseignement en ces Figures et Commentaires) fasse à la gloire de Dieu le Magistère d'Hermès, se souvenant de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, et de toutes les autres Eglises, Cimetières et Hôpitaux, et sur tout de l'Eglise des SS.Innocens de cette Ville, au Cimetière de laquelle il aura contemplé ces véritables démonstrations, ouvrant très largement sa bourse aux pauvres Honteux, Gens de bien désolés, Infirmes, Femmes veuves et pauvres Orphelins. Ainsi soit-il.
Des Interprétations Théologiques qu'on peut donner à ces Hiéroglyphes, selon mon sens.
CHAPITRE PREMIER
J'ai donné à ce Cimetière un Charnier qui est vis-à-vis de cette quatrième Arche, le Cimetière au milieu : et contre l'un des Piliers de ce Charnier, j'ai fait crayonner et peindre grossièrement un Homme tout noir, qui regarde ces Hiéroglyphes, à l'entour duquel il y a écrit en Français : Je voie merveille, dont moult je m'ébahis. Cela et encore trois Plaques de fer et cuivre doré, à l'Orient, Occident et Midi de l'Arche, où sont ces Hiéroglyphes, le Cimetière au milieu, représentant la sainte Passion et Résurrection du Fils de Dieu, cela, dis-je, ne doit point être autrement interprété que selon le Sens commun Théologique, si ce n'est que cet Homme noir peut aussi bien crier merveille de voir les oeuvres admirables de Dieu en la Transmutation des Métaux, qui sont figurées en ces Hiéroglyphes, qu'il regarde si attentivement, que de voir enterrer tant de corps morts, qui se lèveront hors de leurs Tombeaux au jour redoutable du Jugement. D'ailleurs, je ne pense point qu'il faille expliquer en Sens Théologique ce Vaisseau de terre à la main droite de ces Figures, dans lequel il y a un Ecritoire, ou plutôt un Vaisseau de Philosophie (si on en ôte les liens et que l'on joigne le canon au cornet), non plus que les deux autres Vaisseaux semblables, qui sont aux côtés des Figures de S. Pierre et de S. Paul, dans l'un desquels il y a une N. qui veut dire Nicolas, et dans l'autre une F. qui veut dire Flamel. Car ces Vaisseaux ne signifient rien sinon que dans de semblables j'ai fait par trois fois le Magistère.
Qui voudra aussi croire que j'ai mis ces Vaisseaux en forme d'Armoires, pour y faire représenter celle Ecritoire et les lettres Capitales de mon nom, qu'il le croie s'il veut, parce que toutes ces deux interprétations sont véritables.
Il ne faut point aussi interpréter en Sens Théologique cette écriture qui suit en ces termes, Nicolas Flamel et Pernelle sa Femme, d'autant qu'elle ne signifie autre chose, sinon que moi et ma Femme avons fait bâtir cette Arche.
Quant aux troisième, quatrième et cinquième Tableaux suivants, au bas desquels il y a écrit, Comment les Innocents furent occis par le commandement du Roi Herodes, le Sens Théologique s'y entend aussi assez par cette écriture ; il faut seulement parler du reste qui est au-dessus.
Les deux Dragons unis, et l'un dans l'autre, de couleur noire et bleue, en Champ de Sable, c'est-à-dire noir, dont l'un a des ailes dorées, et l'autre n'en a point, sont les péchés, qui naturellement s'entretiennent ; car l'un a sa naissance de l'autre. De ces péchés, les uns peuvent être chassés aisément, comme ils viennent aisément ; car ils volent à toute heure vers nous. Mais ceux qui n'ont point d'ailes ne peuvent être chassés, ainsi qu'est le péché contre le S. Esprit. Cet Or des ailes signifie que la plupart de ces péchés viennent de la sacrée faim de l'Or, oui rend tant de Personnes attentives, et qui leur fait si attentivement penser d'où ils en pourront en avoir. Et la couleur noire et bleue démontre que ce sont des désirs qui sortent du ténébreux puits d'enfer, lesquels nous devons entièrement fuir. Ces deux Dragons peuvent encore représenter moralement les Légions des malins Esprits, qui sont toujours à l'entour de nous, et qui nous accuseront devant le juste Juge au jour redoutable du Jugement, lesquels me demandent qu'à nous cribler.
L'Homme et la Femme, qui viennent après, de couleur orangée sur un Champ azuré et bleu, signifient que l'Homme et la Femme ne doivent pas avoir leur espoir en ce Blonde (car l'orange marque désespoir) ou laisser toute espérance ici. Et la couleur azurée et bleue, sur laquelle ils sont peints, représente qu'il faut penser aux choses célestes futures et dire comme le Rouleau de l'Homme, Homo veniet ad Judicium Dei, c'est-à-dire, l'Homme viendra au Jugement de Dieu. Ou comme celui de la Femme, Vere illa dies tenibilis erit, c'est-à-dire, Certes ce jour sera terrible, afin que nous nous gardions des Dragons, qui sont les péchés, Dieu nous fasse miséricorde.
Ensuite de cela, en Champ de Synople, c'est-à-dire vert sont peints deux Hommes et une Femme ressuscitant, desquels l'un sort d'un Sépulcre, les deux autres de la Terre ; tous trois de couleur de pure neige, cachant leurs yeux avec les mains tous en regardant vers le Ciel, sur lesquels il y a deux Anges sonnants des Instruments musicaux, comme s'ils avaient appelé ces Morts au jour du Jugement. Car au-dessus des deux Anges est la figure de notre Seigneur Jésus-Christ, tenant le blonde en sa main, sur la tête duquel un Ange met une Couronne, assisté de deux autres, qui disent en leurs Rouleaux, ô Pater omnipotent, ô bon Jésus ! O Père tout puissant, ô bon Jésus ! Au côté droit du Sauveur est peint S. Paul, vêtu de blanc orangé, avec une épée, aux pieds duquel est un Homme vêtu d'une robe orangée, en laquelle apparaissent des plis noirs et blancs, qui me ressemble au vif, lequel demande pardon de ses péchés, tenant les mains jointes, desquelles sortent ces paroles écrites en un Rouleau, Dele mala quae feci : ôtez les maux que j'ai faits. De l'autre côté, à la main gauche, est S. Pierre avec sa clef, vêtu de rouge orangé, tenant la main sur une Femme vêtue d'une robe orangée qui est à ses genoux, représentant au vif Pernelle, laquelle tient les mains jointes, ayant un Rouleau où est écrit Christe precor esto pius : ô Christ soyez-moi miséricordieux ; derrière laquelle il y a un Ange à genoux avec un Rouleau, qui dit : Salve Domine Angelorum : je vous salue, ô Seigneur des Anges. Il y aussi un autre Ange à genoux derrière mon Image du côté de S. Paul. Qui tient aussi un Rouleau, disant : O Rex sempi-terne ! ô Roi éternel ! Tout cela est très clair, selon l'explication de la Résurrection du Jugement futur, qu'on y peut aisément adapter : aussi il semble que cette Arche n'ait été peinte que pour représenter cela, c'est pourquoi il ne s'y faut point arrêter davantage, puisque les moindres et les plus Ignorants lui sauront bien donner cette interprétation.
Après les trois Ressuscitants, viennent deux Anges de couleur orangée encore, sur un Champ bleu, disant en leurs Rouleaux : Sur-gite Mortui, venite ad Judicium Domini mei : morts levez-vous, venez au Jugement de mon Seigneur. Cela encore sert à l'interprétation de la Résurrection. Tout de même que les Figures suivantes et dernières, qui sont un Champ violet de l'Homme rouge vermillon, qui tient le pied d'un Lion peint de rouge vermillon aussi, qui a des ailes, ouvrant la gueule comme pour dévorer. Car on peut dire que celui-là représente le malheureux Pécheur qui, dormant léthargiquement dans la corruption des vices, meurt sans repentance et confession, lequel sans doute, en ce Jour terrible, sera livré au Diable, ici peint en forme de Lion rouge rugissant, qui l'engloutira et emportera.
Les Interprétations Philosophiques selon le Magistère d'Hermès.
CHAPITRE II
Je désire de tout mon coeur que celui qui cherche ce Secret des Sages, ayant repassé en son esprit ces Idées de la Vie et Résurrection future, fasse premièrement son profit d'icelles. Qu'en second lieu, il soit plus avisé qu'auparavant, qu'il sonde et profonde mes Figures, Couleurs et Rouleaux ; notamment mes Rouleaux, parce qu'en cet Art on ne parle point vulgairement. Qu'il demande après en soi-même pourquoi la Figure de S. Paul est à la main droite, au lieu où on a coutume de peindre S. Pierre, et celle de S. Pierre, au lieu de S. Paul. Pourquoi la Figure de S. Paul est vêtue de couleur blanche orangée, et celle de S. Pierre d'orangé rouge ; Pourquoi aussi l'Homme et la Femme qui sont aux pieds de ces deux Saints, priant Dieu comme s'ils étaient au jour du Jugement, sont habillés de couleurs diverses, et ne sont pas nus en ossements comme ressuscitants. Pourquoi en ce jour du Jugement on a peint cet Homme et cette Femme aux pieds des Saints ; car ils doivent être plus bas en Terre, et non au Ciel. Pourquoi aussi les deux Anges orangés, qui disent en leurs Rouleaux, Surgite Mortui, venite ad Judicium Domini mei, c'est-à-dire, Morts levez-vous, venez au Jugement de mon Seigneur, sont vêtus de cette couleur, et hors de leur place ; car elle doit être en haut du Ciel, avec les deux autres qui sonnent des Instruments. Pourquoi ils ont un Champ violet et bleu ; mais, principalement, pourquoi leur Rouleau, qui parle aux Morts, finit en la gueule ouverte du Lion rouge et volant. Je voudrais donc qu'après ces questions et plusieurs autres, qu'on peut justement faire, ouvrant entièrement les yeux de l'Esprit, il vînt à conclure que cela n'ayant point été fait sans cause, on doit avoir représenté sous leur écorce quelques grands Secrets qu'il doit prier Dieu de lui découvrir.
Ayant ainsi conduit sa créance par degrés, je souhaite encore qu'il croie que ces Figures et Explications ne sont point faites pour ceux qui n'ont jamais vu les Livres des Philosophes, et qui, ignorant les Principes Métalliques, ne peuvent être nommés Enfants de la Science. Car s'ils veulent entendre entièrement ces Figures, ignorant le premier Agent, ils se tromperont sans doute, et n'y entendront jamais rien. Que personne donc ne me blâme, s'il ne m'entend aisément ; car il sera plus blâmable que moi, d'autant que n'étant point initié en ces sacrées et secrètes Interprétations du premier Agent (qui est la Clef ouvrant les portes de toutes Sciences), néanmoins il veut entendre les Conceptions les plus subtiles des Philosophes qui ont été très envieux, et qui ne les ont écrites que pour ceux qui savent déjà ces Principes, lesquels ne se trouvent jamais en aucun Livre, parce qu'ils les laissent à Dieu, qui les révèle à qui lui plait, ou bien les fait enseigner de vive voix par un Maître par tradition Cabalistique, ce qui arrive très rarement.
Or mon Fils (je te peux ainsi appeler car je suis déjà fort vieux, et d'ailleurs, peut-être, tu es Fils de la Science), Dieu te laisse apprendre, et puis travailler à sa gloire ; écoute-moi donc attentivement ; mais ne passe pas plus avant, si tu ignores les Principes dont je viens de parler.
PREMIÈRE FIGURE
Une Ecritoire dans une Niche faite en forme de Fourneau.
CHAPITRE III
Explication de cette Figure, avec la manière du Feu.
Ce Vaisseau de terre en cette forme, est appelé par les Philosophes le triple Vaisseau ; car dans son milieu il y a un étage, sur lequel il y a un Ecuelle pleine de Cendres tièdes, dans lesquelles est posé l'Œuf Philosophique, qui est un Matras de verre que tu vois peint en forme d'Ecritoire, et qui est plein de Confections de l'Art, c'est-à-dire de l'Ecume de la Mer Rouge, et de la Graisse du Vent Mercurial. Or ce Vaisseau de terre s'ouvre par-dessus, pour y mettre au dedans l'Ecuelle et le Matras, sous lesquels, par cette porte ouverte, se met le feu philosophique, comme tu sais. Ainsi tu as trois Vaisseaux, et le Vaisseau triple. Les Envieux l'on appelé Athanor, Crible, Fumier, Bain-Marie, Fournaise, Sphère, Lionverd, Prison, Sépulcre, Urinal, Phiole, Cucurbite, moi-même en mon Sommaire Philosophique ' que j'ai composé il y a quatre ans deux mois, je le nomme sur la fin, la Maison et Habitacle du Poulet, et j'appelle les Cendres de l'Ecuelle la paille du Poulet. Son commun nom est Fourneau, que je n'eusse jamais trouvé, si Abraham Juif ne l'eût peint avec son Feu proportionné, auquel consiste une grande partie du Secret. Il est comme le Ventre et la Matrice, contenant la vraie chaleur naturelle pour animer notre jeune Roi. Si ce Feu n'est mesuré clibaniquement, dit Calid ; s'il est allumé avec l'épée, dit Pythagoras ; si tu enflammes ton Vaisseau, dit Morienus et lui fais sentir l'ardeur du feu, il te donnera un soufflet, et brûlera ses fleurs avant qu'elles soient montées du profond de ses moüelles, et elles sortiront rouges plutôt que blanches ; et lors ton Opération sera détruite, tout de même que si tu fais trop de feu. Car alors aussi tu n'en verras jamais la fin, à cause que les Natures sont refroidies et morfondues, et qu'elles n'auront point eu des mouvements assez puissants pour se digérer ensemble.
La Chaleur de ton feu, en ce Vaisseau, sera, comme dit Hermès et Rosinus, selon l'Hiver, ou bien ainsi que dit Diomède, selon la chaleur de l'Oiseau qui commence à isoler fort lentement depuis le Signe d'Aries, jusqu'à celui de Cancer. Car sache que l'Enfant, du commencement, est plein de flegme froid et de lait, et que la chaleur trop véhémente est ennemie de la froideur et humidité de notre Embryon, et que les deux Ennemis, c'est-à-dire nos Eléments du froid et du chaud, ne s'embrasseront jamais parfaitement que peu à peu, ayant premièrement fait une longue demeure ensemble au milieu de la tempérée chaleur de leur Bain, et s'étant changés par longue Décoction en Soufre incombustible. Gouverne donc doucement, avec égalité et proportion, tes Natures hautaines, de peur que si tu en favorises plus les unes que les autres, elles qui sont naturellement ennemies ne se dépitent contre toi par jalousie et colère sèche, et ne te fassent longtemps soupirer.
Outre cela, il te les faut entretenir perpétuellement en cette chaleur tempérée, c'est-à-dire nuit et jour, jusqu'à ce que l'Hiver, c'est-à-dire le temps de l'Humidité des Matières, soit passé, parce qu'elles font leur paix et se donnent la main en s'échauffant ensemble, et que si elles se trouvaient seulement une demi-heure sans feu, ces Natures seraient à jamais irréconciliables. Voilà pourquoi il est dit au Livre des septante Préceptes : fais que leur feu dure continuellement et sans cesse, et qu'aucuns de leurs jours ne soient point oubliés. Et Rasis : la hâte, que mène avec soi trop de feu, est toujours suivie du Diable et de l'Erreur. Quand l'Oiseau doré, dit Diomè-des, sera parvenu jusqu'au Cancer, que de là il courra vers les Balances, alors il te faudra augmenter un peu le feu. Et tout de même encore quand ce bel Oiseau s'envolera de Libra vers le Capricorne, qui est le désiré Automne, le temps des moissons et des fruits déjà mûrs.
SECONDE FIGURE
Deux Dragons de Couleur jaunâtre, bleue et noire comme le Champ
CHAPITRE IV.
Explication de cette Figure.
Considérez bien ces deux Dragons, car ce sont les vrais Principes de la Philosophie, que les Sages n'ont pas osé montrer à leurs Enfants propres. Celui qui est dessous, sans ailes, c'est le Fixe, ou le Mâle ; celui qui est au-dessus, c'est le Volatil, ou bien la Femelle noire et obscure, qui va prendre la domination par plusieurs mois. Le premier est appelé Soulfre, ou bien Calidité et Siccité,et le dernier, Argent-Vif, ou Frigidité et Humidité. Ce sont le Soleil et la Lune de Source Mercurielle, et Origine Sulphureuse, qui par le feu continuel s'ornent d'Habillements Royaux, pour vaincre toute chose métallique, solide, dure et forte, lorsqu'ils seront unis ensemble, et puis changés en Quintessence. Ce sont ces Serpents et Dragons que les anciens Egyptiens ont peints en cercle, la tête mordant la queue, pour dire qu'ils étaient sortis d'une même chose, et qu'elle seule était suffisante à elle-même, et qu'en son contour et circulation elle se parfaisait. Ce sont ces Dragons que les anciens Poètes ont mis à garder sans dormir les Pommes dorées des Jardins des Vierges Hespérides. Ce sont ceux sur lesquels, Jason, en l'aventure de la Toison d'Or, versa le jus préparé par la belle Médée : des discours desquels les Livres des Philosophes sont si remplis, qu'il n'y a point de Philosophe qui n'en ait écrit depuis le véridique Hermès Trismégiste, Orphée, Pythagoras, Arthéphius, Morienus, et les autres suivant, jusqu'à moi.
Ce sont ces deux Serpents envoyés par Junon, qui est la Nature métallique, que le fort Hercule, c'est-à-dire le Sage, doit étrangler en son berceau : je veux dire, vaincre, et tuer, pour faire pourrir, corrompre, et engendrer, au commencement de son Œuvre. Ce sont les deux Serpents attachés autour du Caducée, ou verge de Mercure, avec lesquels il exerce sa grande puissance, et se transfigure et se change comme il lui plaît. Celui, dit Haly, qui en tuera l'un, il tuera aussi l'autre, parce que l'un ne peut mourir qu'avec son Frère.
Ces deux-ci (qu'Avicenne appelle Chienne de Corassène et Chien d'Arménie) étant donc mis ensemble dans le Vaisseau du Sépulcre, ils se mordent tous deux cruellement ; et par leur grand poison et rage furieuse, ne se laissent jamais depuis le moment qu'ils se sont pris et entre saisis (si le froid ne les empêche) que tous deux, de leur bavant venin et mortelles blessures, ne se soient ensanglantés par toutes les parties de leur Corps, et finalement s'entre-tuant, ne se soient étouffés dans leur venin propre, qui les change, après leur mort, en Eau vive, et permanente ; avant quoi, ils perdent avec la corruption et putréfaction leurs premières Formes naturelles, pour en reprendre après une seule nouvelle plus noble et meilleure.
Ce sont ces deux Spermes, masculin et féminin décrits au commencement de mon Sommaire Philosophique, qui sont engendrés (dit Rasis, Avicenne, et Abraham Juif) dans les reins, entrailles, et des opérations des quatre éléments. Ce sont l'Humide radical des Métaux, Soulfre et Argent-Vif, non les vulgaires et qui se vendent par les Marchands Droguistes ; mais ce sont ceux que nous donnent ces deux beaux et chers Corps, que nous aimons tant. Ces deux Spermes, disait Démocrite, ne se trouvent point sur la terre des Vivants. Le même dit Avicenne, mais, ajoute-t-il, on les recueille de la fiente, Ordure et pourriture du Soleil et de la Lune. O que bien heureux sont ceux qui le savent recueillir ! Car d'eux puis après ils en font une Thériaque, qui a puissance sur toute douleur, tristesse, maladie, infirmité et débilité, qui combat puissamment contre la mort, prolongeant la vie selon la permission de Dieu, jusqu'au temps déterminé, en triomphant des misères de ce Monde et comblant l'Homme de ses richesses.
De ces deux Dragons ou Principes Métalliques, j'ai dit en mon Sommaire que l'Ennemi enflammerait par son ardeur le feu de son Ennemi ; et qu'alors, si l'on n'y prenait garde, on verrait par l'Air une fumée venimeuse, et de mauvaise odeur, pire en flamme et en poison que n'est la tête envenimée d'un Serpent et d'un Dragon babylonien.
La cause pourquoi j'ai peint ces deux Spermes en forme de Dragons, c'est parce que leur puanteur est très grande, comme est celle des Dragons, et les exhalaisons qui montent dans le Matras sont obscures, noires, bleues et jaunâtres, ainsi que sont ces deux Dragons peints ; la force desquels, et des Corps dissous, est si venimeuse que véritablement il n'y a point au Monde un plus grand venin. Car il est capable, par la force et puanteur, de faire mourir et tuer toute chose vivante. Le Philosophe ne sent jamais cette puanteur, s'il ne casse ses Vaisseaux ; mais seulement il la juge être telle par la vue et changement des Couleurs qui proviennent de la pourriture de ses Confections,
Ces Couleurs donc signifient la Putréfaction et Génération qui nous est donnée par la morsure et dissolution de nos Corps parfaits ; laquelle dissolution vient de la chaleur externe qui aide, et de l'Ignéité Pontique, et vertu aigre admirable du poison de notre Mercure, qui met et résout en pure poussière, même en poudre impalpable, ce qu'il trouve qui lui résiste. Ainsi la chaleur agissant sur et contre l'humidité radicale métallique, visqueuse ou oléagineuse, engendre sur le Sujet la noirceur. Car en même temps la Matière se dissout, se corrompt, noircit, et conçoit pour engendrer. Parce que toute Corruptionest Génération, et l'on doit toujours souhaiter cette noirceur. Elle est aussi ce voile noir avec lequel le Navire de Thésée revint victorieux de Crète, qui fut cause de la mort de son Père. Aussi faut-il que le Père meure, afin que des cendres de ce Phoenix il en renaisse un autre, et que le Fils soit Roi.
Certes, qui ne voit cette noirceur, au commencement de ses Opérations, durant les jours de la Pierre, quelle autre couleur qu'il voit, il manque entièrement au Magistère, et ne le peut plus parfaire avec ce Chaos. Car il ne travaille pas bien, ne putréfiant point ; d'autant que si l'on ne pourrit, on ne corrompt ni n'engendre point. Par conséquent, la Pierre ne peut prendre vie végétative pour croître et multiplier. Et véritablement je te dis derechef que quand même tu travaillerais sur les vraies Matières, si au commencement, après avoir mis les Confections dans l'Œuf Philosophique (c'est-à-dire quelque temps après que le feu les aie irritées), tu ne vois cette tête du Corbeau, noire du noir très noir, il te faut recommencer. Car cette faute est irréparable, et on ne la saurait corriger. Sur tout, on doit craindre une Couleur orangée, à demi rouge ; parce que si dans ce commencement tu la vois dans ton Oeuf, sans doute tu brûles ou as brûlé la verdeur et vivacité de la Pierre. La Couleur qu'il te faut avoir doit être entièrement parfaite en noirceur, semblable à celle de ces Dragons, et ce en l'espace de quarante jours.
Que donc ceux qui n'auront point ces marques essentielles se retirent de bonne heure des Opérations, afin qu'ils évitent une perte assurée. Sache aussi et remarque bien que ce n'est rien en cet Art d'avoir la noirceur, il n'y a rien plus aisé à avoir. Car presque de toutes les choses du monde mêlées avec l'humidité, tu en auras la noirceur par le feu. Il te faut avoir une noirceur qui provienne des Corps Métalliques parfaits, qui dure un long espace de temps, et qui ne se perde qu'en cinq mois, après laquelle vient et succède la désirée blancheur. Si tu as cela, tu as beaucoup, mais non pas tout.
Quant à la couleur bleuâtre et jaunâtre, elle signifie que la solution et putréfaction n'est point encore achevée, et que les Couleurs de notre Mercure ne sont point encore bien mêlées et pourries avec ce qui reste.
Donc cette Noirceur et Couleurs enseignent clairement qu'en ce commencement la Matière ou le Composé commence à se pourrir et dissoudre en poudre plus menue que les Atomes du Soleil, lesquels se changent après en Eau permanente. Et cette Dissolution est appelée par les Philosophes envieux Mort, Destruction et Perdition, parce que les Natures changent de forme. De là sont sorties tant d'Allégories sur les Morts, Tombes et Sépulcres. Les autres l'ont nommée Calcination, Dénudation, Séparation, Trituration, Assation, parce que les Confections sont changées et réduites en minuscules pièces ou parties. Les autres Réduction en première Matière, Mellification, Extraction, Commission, Liquéfaction, Conversion d'Eléments, Subtilisation, Division, Hu-mation, Impastation, et Distillation, parce que les Confections sont liquéfiées, réduites en semence, amollies, et se circulent dans le Matras. Les autres Xir, Putréfaction, Corruption, Ombres Cimmériennes, Gouffre, Enfer, Dragon, Génération, Ingression, Submersion, Complexion, Conjonction, et Imprégnation parce que la Matière est noire et aqueuse, et que les Natures se mêlent parfaitement, et se retiennent les unes les autres. Car quand la chaleur du Soleil agit sur elles, elles se changent premièrement en Poudre, ou Eau grasse et gluante, qui, sentant la chaleur, s'enfuit en haut en la tête du Poulet avec la fumée, c'est-à-dire avec le Vent et l'Air ; de-là cette Eau, tirée et fondue des Confections, elle s'en rêva en bas, et en descendant réduit et résout tant qu'elle peut le reste des Confections aromatiques, faisant toujours ainsi jusqu'à ce que tout soit comme un bouillon noir un peu gras. Voilà pourquoi on appelle cela Sublimation, et Volatilisation, car il vole en haut, et Ascension et Descension, parce qu'il monte et descend dans le Vaisseau.
Quelque temps après, l'Eau commence à s'engrossir et coaguler davantage, venant comme de la Poix très noire ; et enfin vient Corps et Terre, que les Envieux ont appelée Terre fétide et puante car alors, à cause de la parfaite putréfaction (qui est aussi naturelle que toutes autres), cette Terre est puante, et donne une odeur semblable au relent des Sépultures remplis de pourriture et d'ossements encore chargés d'humeur naturelle. Cette Terre a été appelée par Hermès la Terre des feuilles, néanmoins son plus propre et vrai nom est le Laiton qu'on doit puis après blanchir. Les anciens Sages Cabalistes l'ont décrite dans les Métamorphoses sous l'Histoire du Serpent de Mars, qui avait dévoré les Compagnons de Cadmus, lequel le tua en le perçant de sa Lance contre un Chêne creux. Remarque ce Chêne .
TROISIÈME FIGURE
Un homme et une Femme, vêtus de Robe orangée, sur un champ azuré et bleu, avec leurs Rouleaux.
CHAPITRE V
Explication de cette Figure.
L'Homme ici dépeint me ressemble tout exprès bien au naturel, tout de même que la Femme représente naïvement Pernelle. La cause pourquoi nous sommes peints au vif n'a rien de particulier. Car il ne fallait représenter que le Mâle et la Femelle, à quoi notre particulière ressemblance n'était pas nécessairement requise. Mais il a plu au sculpteur de nous mettre là, tout ainsi qu'il a fait aussi en cette même Arche plus haut, aux pieds de la Figure de S. Paul et de S. Pierre, selon que nous étions en notre jeunesse ; et encore ailleurs en plusieurs lieux, comme fut la porte de la Chapelle S. Jacques de la Boucherie, auprès de ma maison (encore qu'en cette dernière il y a une raison particulière) comme aussi sur la porte de sainte Geneviève des Ardens, où tu pourras me voir.
Je te peins donc ici deux Corps, un de Mâle, et l'autre de Femelle, pour t'enseigner qu'en cette seconde Opération tu as véritablement, mais non pas encore parfaitement, deux Natures conjointes, et mariées, la masculine et la féminine, ou plutôt les quatre Eléments ; et que les Ennemis naturels, le Chaud et le Froid, le Sec et l'Humide, commencent de s'approcher amiablement les uns des autres, et par le moyen des Entremetteurs de paix, déposent peu à peu l'ancienne inimitié du vieux Chaos. Tu sais assez qui sont ces Entremetteurs entre le Chaud et le Froid : c'est l'Humide ; car il est parent et allié des deux, du Chaud par sa chaleur, et du Froid par son humidité. Voilà pourquoi commencer à faire cette paix, tu as déjà en l'Opération précédente converti toutes les Confections en Eau par la dissolution. Et puis après tu as fait coaguler l'Eau nécessaire, qui s'est convertie en cette Terre noire du noir très noir, pour faire entièrement la paix. Car la Terre qui est sèche et humide, se trouvant aussi parente et alliée avec le Sec et l'Humide, qui sont Ennemis, les apaisera et accordera entièrement. Ne considères-tu pas un mélange très parfait de tous ces quatre Eléments, les ayant premièrement convertis en Eau, et maintenant en Terre. Je t'enseignerai encore ci-après les autres conversions en Air quand tout sera blanc, et en Feu quand tout sera d'un parfait rouge de Pourpre.
Tu as donc ici deux Natures mariées, dont l'une a conçu de l'autre, et par cette conception s'est convertie en Corps de Mâle, et le Mâle en celui de Femelle, c'est-à-dire se sont faites un seul Corps, qui est l'Androgine des Anciens, qu'autrement on appelle encore la Tête du Corbeau, et les Eléments convertis. En cette façon je te peins ici que tu as deux Natures réconciliées, qui (si elles sont conduites et régies sagement) peuvent former un Embryon en la matrice du Vaisseau, et puis t'enfanter un Roi très puissant, invincible, et incorruptible, parce qu'il sera une Quintessence admirable. Voilà la principale fin de cette représentation, et la plus nécessaire.
La seconde, qui est aussi très notable, sera qu'il me fallait dépeindre deux Corps, parce qu'il faut qu'en cette Opération tu divises ce qui a été coagulé, pour en donner puis après une nourriture, un lait de vie, au petit Enfant naissant, qui est doué (par le Dieu vivant) d'une Ame végétative. Ce qui est un secret très admirable et très caché, qui a fait raffoler, faute de le comprendre, tous ceux qui l'ont cherché sans le trouver ; et qui a rendu sage toute Personne qui l'a contemplé des yeux du corps, ou de l'esprit.
Il te faut donc faire deux parts et portions de ce Corps coagulé, l'une desquelles servira d'Azoth pour laver et mondifier l'autre, qui s'appelle Laiton, qu'il faut blanchir. Celui qui est lavé, c'est le Serpent Python, qui, ayant pris son être de la corruption du limon de la Terre, assemblé par les Eaux du Déluge, quand toutes les Confections étaient Eau, doit être mis à mort, et vaincu par les flèches du Dieu Apollon, par le blond Soleil, c'est-à-dire par notre Feu, égal à celui du Soleil.
Celui qui lave, ou plutôt ces lavements, qu'il faut continuer avec l'autre moitié, ce sont les dents de ce Serpent que le sage Opérateur, le vaillant Thésée, sèmera dans la même terre, dont naîtront des Soldats qui se détruiront enfin eux-mêmes, se laissant par opposition résoudre en la même nature de la terre, laissant emporter les conquêtes méritées.
C'est sur ceci que les Philosophes ont décrit si souvent et tant de fois répété. Il se dissout soi-même, se congèle, se noircit, se blanchit, se tue, et vivifie soi-même. J'ai fait peindre leur Champ azuré et bleu pour montrer que je ne fais que commencer à sortir de la noirceur très noire. Car l'azuré et bleu est une des premières Couleurs que nous laisse voir l'obscure Femme, c'est-à-dire l'Humidité cédante un peu à la chaleur et sécheresse. L'Homme et la Femme sont la plupart orangés. Cela signifie que nos Corps (ou notre Corps, que les Sages appellent ici Rebis), n'a point encore assez de digestion, et que l'Humidité dont vient le noir, bleu et azuré, n'est pas demi vaincue par la sécheresse. Car, quand la sécheresse dominera, tout sera blanc, et la combattant ou étant égale à l'Humidité, tout est en partie selon ces Couleurs. Les Envieux ont appelé encore ces Confections en cette Opération, Numus, Ethelia, Arena, Boritis, Cor-suste, Cambar, Albar aeris, Duenech, Randeric, Kukul, Thabitris, Ebisemeth, Ixir, etc. Ce qu'ils ont commandé de blanchir.
La Femme a un cercle blanc en forme de rouleau à l'entour de son corps, pour te montrer que Rebis commencera de se blanchir de cette même façon, blanchissant premièrement aux extrémités tout à l'entour de ce cercle blanc. L'Echelle des Philosophes dit : Le Signe de la première parfaite blancheur, est quand l'on voit un certain petit cercle capillaire, c'est-à-dire passant sur la tête, qui apparaîtra à l'entour de la Matière aux côtés du Vaisseau, en couleur tirant sur l'orangé.
Il y a en leurs Rouleaux, Homo veniet ad Judicium Dei ; c'est-à-dire l'Homme viendra au Jugement de Dieu. Vere, (dit la Femme) illa dies terribilis eris. C'est-à-dire, certes ce jour-là sera terrible. Ce ne sont point des passages de la Sainte Ecriture mais seulement des dictons parlant selon le Sens Théologique de la Résurrection future. Je les ai mis ainsi ; car ils me servent pour celui qui contemple seulement l'artifice grossier et plus naturel, prenant l'interprétation de la Résurrection. Et servent tout de même à ceux qui, voulant recueillir les Paraboles de la Science, prennent des yeux de Lyncée pour pénétrer au-delà des Objets visibles. Il y a donc, l'Homme viendra au Jugement de Dieu, Certes ce jour sera terrible. C'est comme si je disais, il faut que ceci vienne au Colorement de la perfection, pour être jugé et nettoyé de la noirceur et ordure, et être spiritualisé et blanchi. Certes ce jour sera terrible. Oui vraiment ; aussi vous trouverez en l'Allégorie d'Ariléus. L'horreur nous tint en la Prison Par quatre-vingt jours dans les ténèbres des Ondes, dans l'extrême chaleur de l'été, et dans les troubles de la Mer. Toutes lesquelles choses doivent premièrement passer avant que notre Roi puisse être blanchi, venant de mort à vie, pour vaincre puis après tous ses Ennemis.
Pour t'enseigner encore mieux cette albification ou blanchissement, qui est plus difficile que tout le reste (jusqu'au quel temps tu puisses faillir à tous pas ; mais après non, ou tu casserais les Vaisseaux), je t'ai fait encore ce Tableau suivant.
Quatrième FIGURE
Un homme semblable à saint Paul, vêtu d'une Robe blanche orangée, bordée d'Or, tenant une Epée nue, ayant à ses pieds un Homme à genoux, vêtu d'une Robe orangée, blanche et noire, tenant un Rouleau, où il y a Dele mala quae feci, c'est-à-dire : ôte le mal que j'ai fait.
CHAPITRE VI
Explication de cette Figure.
Regarde bien cet Homme en la forme d'un saint Paul, vêtu d'une Robe entièrement orangée blanche. Si tu le considères bien, il tourne le corps en posture qui démontre qu'il veut prendre l'Epée nue, ou pour trancher la tête, ou pour faire quelque autre chose sur cet Homme qui est à ses pieds à genoux, vêtu d'une Robe orangée, blanche et noire, lequel dit en son Rouleau : Dele mala quae feci, comme disant : Ote-moi ma noirceur, terme de l'Art. Car mal signifie par Allégorie la noirceur ; ainsi en la Turbe on trouve Cuis jusqu'à la noirceur, qu'on estimera être mal. Mais veux-tu savoir que veut dire cet Homme qui prend l'épée ? Il signifie qu'il faut couper la tête au Corbeau, c'est-à-dire à cet Homme vêtu de diverses couleurs, qui est à genoux. J'ai pris ce trait et figure d'Hermès Trismégiste en son Livre de l'Art secret, où il dit : Ote la tête à cet homme noir ; coupe la tête au Corbeau, c'est-à-dire blanchis notre Sable. Lambs-prink, Gentilhomme allemand, s'en était déjà servi au Commentaire de ses Hiéroglyphiques, disant : En ce bois il y a une Bête qui est toute couverte de noirceur ; si quelqu'un lui coupe la tête, alors elle perdra sa noirceur, et vêtira la couleur très blanche. Voulez-vous entendre ce que c'est ? La noirceur s'appelle la tête du Corbeau, laquelle ôtée, à l'instant vient la couleur blanche, alors, c'est-à-dire quand la nuée n'apparaît plus, ce Corps est appelé sans tête. Ce sont ses propres mots. En même Sens les Sages ont aussi dit ailleurs, Prends la Vipère, appelée de Rexa, coupe-lui la tête, c'est-à-dire ôte-lui la noirceur. Ils se sont encore servis de cette périphrase quand, pour signifier la Multiplication de la Pierre, ils ont feint un Serpent Hydra auquel, si on coupait une tête, il lui en renaissait dix. Car la Pierre augmente de dix à chaque fois qu'on lui coupe cette tête de Corbeau, qu'on la noircit, et blanchit, c'est-à-dire qu'on la dissout de nouveau, et qu'après on la recoagule.
Regarde que l'épée nue est entortillée d'une Ceinture noire, et que les bouts d'icelle ne l'environnent pas tout à fait. Cette épée nue, resplendissante, est la Pierre au blanc, si souvent décrite dans les Philosophes sous cette forme. Pour donc parvenir à cette parfaite blancheur étincelante, il te faut entendre les entortillements de cette Ceinture noire, et ensuivre ce qu'ils enseignent, qui est la quantité des Imbibitions. Les deux bouts qui ne l'entortillent pas tout à fait représentent le commencement de la fin. Pour le commencement, il enseigne qu'il faut imbiber en ce premier temps doucement et avec épargne, donnant alors à la Pierre peu de lait, comme à un petit enfant naissant, afin que l'Ixir (disent les auteurs) ne le submerge. Le même faut-il faire à la fin, quand nous voyons que notre Roi est saoul, et n'en veut plus. Le milieu de ces Opérations est peint par les cinq entortillements entiers de la Ceinture noire, auquel temps (parce que notre Salamandre vit du feu, et au milieu du feu, voire même est un feu, et un Argent vif, courant au milieu du feu, ne craignant rien) il lui en faut donner abondamment, de telle fa&cce

Source : Nicolas Flamel LE LIVRE DES FIGURES HIEROGLIPHIQUES
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